Page:Mac-Nab - Nouvelles Chansons du Chat noir, Heugel.djvu/15

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ou encore la complainte de Rollinat :

Jésus-Christ s’habille en pauvre :
Faites-moi la charité.
Des miettes de votre table
Je ferais bien mon souper.

Au fond, à côté du piano, une table avec un grand registre où venaient s’inscrire les poètes et les musiciens désireux d’interpréter leurs œuvres.

Tout d’un coup tintait la sonnette évocatrice du silence, cette sonnette chansonnée par Maurice Mac-Nab en quelques strophes des Poèmes mobiles.

Alors commençait le défilé des poésies devant un auditoire lettré et connaisseur, juge en dernier ressort de la valeur de l’œuvre. Ici pas de claque, pas d’enthousiasme de commande ni d’admiration mutuelle. Généralement Goudeau commençait le feu en débitant avec un art infini les Grecs, les Romaines, le Discours du bitume ou encore la Revanche des bêtes, qui eut l’honneur insigne d’être couronnée par la Société protectrice des animaux. Le lecteur ne m’en voudra pas de citer quelques vers de ce délicieux morceau. C’est d’abord la description des tourments que l’homme inflige aux animaux :

Tu musèles ton chien, tu tapes sur ton âne,
        Tu mets un mors à ton cheval ;
Tu fais férocement un sceptre de ta canne,
        Homme, roi du règne animal.

Mais un jour viendra le moment lugubre des revanches, et le ver conquérant sera chargé par la nature d’accomplir l’œuvre de justice

Où le mangeur sera mangé.

Pourtant, se souvenant qu’il fut bon pour les fleurs, la nature finit par pardonner.

...............
Dans les airs, par un soir d’été plein de chimères,
        De chants d’amour et de splendeurs,
Voleront, délégués par la Nature mère,
        Les papillons ambassadeurs.
Ils viendront sur ta tombe en costumes de fêtes
        Porter le baiser ingénu,
Le baiser de pardon envoyé par les bêtes,
        Quand tu seras fleur devenu !