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LE CHANT DE L’ÉQUIPAGE

Il entendit sa voix et s’arrêta pour chercher quelque point afin de repérer sa route.

Il monta sur une petite colline, espérant dominer la lande et apercevoir la grande ligne droite de l’horizon marin. Au delà de cette colline il découvrit une autre petite colline. Samuel Eliasar revint sur ses pas, mais ne retrouva pas son point de départ.

― C’est parfaitement idiot ! murmura-t-il.

Puis il tendit l’oreille aux bruits possibles. Un silence absolu tombait du ciel. Samuel Eliasar entendait battre son cœur à coups irréguliers. Encore une fois, sans motifs raisonnables, il se retourna brusquement. La mendiante tendait la main. Sa bouche en chair de méduse psalmodia : « Min-bon-Mos-sieu, donnais un sou… hou ! »

Eliasar fut immobilisé pendant une minute. Il éprouva au sommet du crâne une étrange impression de chatouillements. La sueur glacée lui trempa les tempes, ses jambes se dérobèrent. Cette défaillance fut de courte durée. Sans ouvrir la bouche, et les yeux toujours tournés vers la femme, il ramassa une pierre : « Allez-vous-en, cria-t-il, d’une voix sourde… Allez… barrez, barrez vite ! »

Il avança vers la mendiante, puis s’arrêta, car il ne voulait pas la toucher avec ses mains. Alors, il lança un gros caillou avec une maladresse voulue ; le caillou roula sur le sol et vint s’arrêter contre le sabot de la vieille.