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nommer députés, à force de promesses qu’ils seraient incapables de tenir.

Aussi, voyez-vous, quand un homme vous dira qu’il est socialiste, demandez-lui s’il veut abolir la propriété individuelle et mettre les biens en commun. Si oui, embrassez-le comme un frère ; si non, défiez-vous de lui, c’est un ennemi.

Jacques. — Donc tu es socialiste ; cela, je le comprends. Mais que veulent dire les mots communiste et collectiviste ?

Pierre. — Les communistes et les collectivistes sont les uns et les autres des socialistes, mais ils ont des idées différentes sur ce qu’on devra faire après que la propriété aura été mise en commun.

Les collectivistes disent que chaque travailleur, ou mieux chaque association de travailleurs a droit à la matière première et aux instruments de travail, et que chacun est maître du produit de son travail. Tant qu’il vit, il en fait ce qu’il veut ; quand il meurt, ce qu’il a mis de côté retourne à l’association. Ses enfants ont, eux aussi, les moyens de travailler et de jouir du fruit de leur travail, mais les laisser hériter serait un premier pas fait vers l’inégalité et le privilège. En ce qui concerne l’instruction, l’éducation des enfants, l’entretien des vieillards et des infirmes et l’ensemble des services publics, chaque association de travailleurs donnerait tout ce qu’il faudrait pour suppléer ce qui pourrait manquer aux membres de la communauté.

Les communistes, eux, disent ceci : Puisque, pour que tout aille bien, il faut que les hommes s’aiment et se considèrent comme membres d’une même famille ; puisque la propriété doit être mise en commun ; puisque le travail, pour être productif et accompli au moyen des machines, doit être fait par de grandes réunions d’ouvriers ; puisque, pour profiter de toutes les variétés du sol et des conditions atmosphériques et faire que chaque région produise ce qui lui convient le mieux, et puisque, pour éviter, d’autre part, la concurrence et les haines entre les divers pays, il est nécessaire d’établir une solidarité parfaite entre les hommes du monde entier ; faisons une chose : au lieu de risquer de confondre ce que vous avez fait avec ce que j’ai fait, travaillons tous et mettons tout en commun ; ainsi chacun donnera à la société tout ce que ses forces lui permettront de donner jusqu’à ce qu’il y ait assez de produits pour tous ; et chacun prendra tout ce qu’il lui faudra, en limitant ses besoins seulement dans les choses qu’on ne possède pas encore en abondance.

Jacques. — Pas si vite ; d’abord explique-moi ce que signifie le mot solidarité. En effet, tu m’as dit qu’il doit y avoir solidarité entre les hommes, et, à vrai dire, je ne t’ai pas bien compris.

Pierre. — Voici : dans votre famille, par exemple, tout ce que vous gagnez, vous, vos frères, votre femme et vos fils, vous le mettez en commun ; puis vous faites la soupe et vous mangez tous ensemble, et s’il n’y en a pas assez, vous vous serrez tous un peu le ventre. Maintenant, si l’un de vous a plus de chance, s’il trouve à gagner un peu plus, c’est un bien pour tous ; si au contraire un reste sans travail ou tombe malade, c’est