Page:Malato - De la Commune à l'anarchie, Tresse et Stock, 1894.djvu/156

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Molah, Tamoui et, vous charmant essaim des Cabô, dont le nom aristocratique signifie « fille de chef », je n’évoquerai que pour moi votre souvenir : où sont les neiges d’autan ! Et Pangou, au sein sculptural, qu’un perfide Chinois, du nom de Jemmy Lai-Tchin, renouvelant les exploits de Pâris emmena un jour, à bord de son brick, pour la conduire à la fois à Nouméa et à Cythère ! Mais la morale eut le dernier mot : les missionnaires, bien que la popiné fût païenne, eurent la charité de s’en occuper : ils télégraphièrent au chef-lieu et, à peine avait-il mouillé, le concupiscent fils du Ciel se vit enlever sa captive… qu’on maria avec un complaisant Canaque de la mission de Saint-Louis.

Le lieutenant Blanchard, moins clérical, et plus négrophile que son prédécesseur, par amour des popinés, avait charitablement averti les missionnaires de mettre une sourdine à leur zèle qui menaçait de susciter au sein des tribus un conflit armé. Ne pouvant plus aller catéchiser les idolâtres, le père Villars y envoya son homme de confiance, Théophilé, dont les procédés, à l’en croire lui-même, ne manquaient pas de bizarrerie.

Le convertisseur bronzé commençait par emporter avec lui un stock de croix, chapelets et pièces de calicot, qu’il déballait, aussitôt arrivé dans le village païen. « Allons, demandait-il aux Canaques rassemblés, qui d’entre vous a la foi ? » Aussitôt, les âmes vénales commençaient à se révéler : tous ceux qui nourrissaient le désir immodéré de posséder une médaille de cuivre argenté ou une ceinture de toile, car le christianisme prohibait le moinô, renonçaient sans scrupules aux erreurs de leurs pères, sur quoi Théophilé commençait à les baptiser à tour de bras. Des popinés, pour obtenir un