Page:Malato - De la Commune à l'anarchie, Tresse et Stock, 1894.djvu/183

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— Ils sont attaqués ! Ils appellent au secours ! s’écrie Dubois.

Je me précipite à mon appareil : la boussole des deux galvanomètres renverse comme une folle et pas de réponse !

— Le fil est coupé des deux côtés ! exclamai-je.

Je me trompais : il ne l’était que d’un seul, sur la ligne d’Oégoa. Sur celle de Touho, il demeurait intact, comme je le vis, le lendemain ; mais un violent orage ayant éclaté dans la journée, le titulaire de ce bureau avait rompu la communication et ne la rétablit que le matin suivant.

— Les pauvres Henry ! Il faut aller à leur secours ! opinait Dubois.

Mon surveillant m’émerveillait : d’habitude il n’était rien moins que brave, mais son plumet lui eût fait rendre des points à César. Il brandissait un diminutif de sabre, acheté naguère dans une vente aux enchères publiques, et semblait prêt à tenir tête à une légion de diables noirs !

De fait, nos voisins anglais ne devaient pas être à la noce. Deux filles, l’une de dix-sept ans, l’autre de quatorze, et un fils d’à peu près quinze étaient venus rejoindre leur père, et la petite Lili. Quelle belle proie pour les Canaques, grands appréciateurs de femmes blanches ! Malgré les sympathies auxquelles avaient droit les révoltés, pouvait-on laisser torturer et massacrer tout ce monde ?

Il est vrai qu’avec leurs nombreux serviteurs, leur arsenal et leurs munitions, de guerre comme de bouche, les Henry pouvaient, une fois de plus, soutenir un siège. Peut-être même eussent-ils résisté mieux que les jeunes soldats du poste, méprisant un ennemi qu’ils ne con-