Page:Malato - De la Commune à l'anarchie, Tresse et Stock, 1894.djvu/198

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tout : l’idée ne me vint pas d’employer la langue italienne.

Les cases devant lesquelles nous passions pour aller à la mer, apparaissaient presque toutes désertes, la tribu nous attendant, sans doute ailleurs ou se préparant un alibi.

Seuls, deux ou trois vieillards impotents, accroupis à l’entrée de leur domicile, nous contemplaient d’un œil narquois. À chacun d’eux, Malakiné disait quelques mots, que je ne pouvais comprendre, appartenant sans doute à un argot spécial employé dans les circonstances non communes. Et il me semblait qu’à la suite de ces paroles mystérieuses, les regards des vieux anthropophages luisaient sur nous plus sardoniques.

Un indigène passa, de force et d’âge moyens. Le chef l’appela et, lui donnant à porter le poisson, l’invita à compléter notre bande.

De sa phrase impérative, je compris deux mots : « poupoualé lêkem », — trous du c… d’étrangers.

Il ne m’en fallait pas davantage pour être fixé sur les bons sentiments de Malakine et de ses sujets à notre… endroit.

Vivement, car le dénouement semblait proche, je mis ma mère au courant : femme à s’évanouir au contact d’une souris, elle était brave dans les réels dangers. D’un geste résolu, elle étreignit le manche de son ombrelle, pauvre arme qui eût été bien vite brisée !

Je ramassai sur la plage une branche qui, à la rigueur, pouvait servir de bâton.

Nous marchâmes ainsi pendant fort longtemps, et mon père lisait toujours le Siècle !

À un tournant, se dessina devant nous une langue de