Page:Malato - De la Commune à l'anarchie, Tresse et Stock, 1894.djvu/215

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vages. Les animaux domestiques qu’élevaient naguère les Canaques d’Ataï et de Judano, étant privés de leurs maîtres, retournaient bientôt à l’état primitif : les chiens redevenaient loups et s’associaient par bandes pour attaquer les bestiaux, même de forte taille, tels que les veaux ; les chats prenaient le maquis, comme de véritables bandits corses et tombaient à coups de dents et de griffes sur les oiseaux, voire même les gallinacés ; les pocas, suivant l’exemple général, maraudaient dans la brousse et montraient de loin aux voyageurs des rudiments de défenses redoutables.

À côté de ses petits défauts, Panié était brave : au fort du danger, il n’avait pas déserté Thio. Le besoin aidant, il n’hésitait pas à pousser seul dans des parages peu catholiques et en revenait généralement chargé de dépouilles opimes. Le double désir de chasser et de voir du pays, m’entraîna, avec Sillaux, à l’accompagner : nous risquions cher à ce jeu ; une rencontre avec les derniers Aoui, dans les gorges de la chaîne centrale, eût été désastreuse pour notre petite troupe. À la vérité, nous possédions, plus riches que les fils Aymon, deux chevaux pour trois. Double-mètre et moi montions à tour de rôle, laissant Panié, notre doyen, vissé sur sa selle. La nature du terrain nous forçait à garder le pas : un bras de la rivière se présentait-il, nous entrions dans l’eau profonde, quittant nos montures pour les alléger et nous suspendant à leur crinière ou leur queue, d’une main, élevant de l’autre nos armes. Comme les compatriotes de Judano l’eussent eu belle de nous exterminer à coup sûr, vengeant leur chef fusillé ! Cependant, nous revînmes, sans gibier mais sans accident.

L’autre déporté, Baudin, était un des gaillards du lé-