Page:Malato - De la Commune à l'anarchie, Tresse et Stock, 1894.djvu/264

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sans cesse en guerre les unes contre les autres. Il y avait aussi des combats de gladiateurs… »

Prolo et moi, assis près du bureau, n’avons pu en entendre davantage. Nous sommes partis, égayés d’abord, puis bientôt assombris par tant d’ânerie.

Certes, le premier balbutiement de l’esclave jusqu’alors bâillonné et sevré de toute vie intellectuelle, ne peut être que quelque chose d’informe, risible ou insupportable pour les délicats. Le nègre, la femme, le prolétaire, courbés longtemps, sous un joug abrutissant, doivent traverser des phases pénibles avant d’arriver à l’émancipation complète.

Un ébéniste de Charonne, Méreaux, m’entr’ouvrit le premier les horizons de l’anarchie. Convaincu jusqu’au fanatisme, modeste, d’allures sympathiques, il s’était introduit dans notre groupe avec le seul objectif d’y faire de la propagande. Il s’attacha à ma conversion et bien qu’affligé alors d’un bégaiement, qu’il perdit plus tard en prison, il ne me lâcha pas qu’il ne m’eût fait avaler une à une toutes les théories libertaires. Touché de tant d’ardeur, je me laissai aller à une débauche de controverses. Je commençai alors à entrevoir qu’il y avait dans l’anarchie autre chose que la tourbe dépeinte par les journaux bourgeois et que si cette conception d’une société sans autorité semblait difficilement réalisable, elle était tout au moins le contre-poids indispensable empêchant la liberté individuelle de sombrer dans le triomphe prochain du socialisme.