Page:Malato - De la Commune à l'anarchie, Tresse et Stock, 1894.djvu/297

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au Conseil, c’est par pure tolérance de ses collègues qui le considèrent comme irrémédiablement fou.


De cet apologue, j’en rapprocherai un, beaucoup plus court, raconté autrefois par Pouget.


Deux paysans se promenaient, un soir, sans mot dire, perdus dans la contemplation du firmament. — À quoi rêves-tu ? demanda l’un. — Je m’imaginais, répondit l’interpellé, — que le ciel était devenu un pré immense dont je me trouvais le propriétaire. — Et moi, fit le premier, qui ne voulait pas demeurer en reste d’imagination, il me semble que toutes les étoiles sont un troupeau de moutons m’appartenant et broutant dans ton pré. — Broutant dans mon pré ! Ah ! voleur !… Et les voilà qui se battent.


Les théoriciens absolus, se chamaillant pour la prévalence de leurs systèmes futurs, sont un peu semblables à ces deux campagnards.

Ce qui est certain, c’est que les États marchent à une immense dislocation politique et économique ; que d’autre part, la conscience individuelle a grandi, détruisant le prestige des gouvernants, apprenant peu à peu aux masses à penser et agir par elles-mêmes. Certes, le cri impérieux des besoins matériels inassouvis dominera au jour de la bataille, la voix des philosophes ; bien des heurts déconcerteront les timides, mais l’Humanité peut-elle abdiquer ses destinées ? Pourrait-elle, après avoir entendu l’appel des Reinsdorf, des Spies et des Parsons, retomber au troupeau servile, au communisme du couvent ? Ô Liberté ! Toujours trahie, saignante et muti-