Page:Malato - De la Commune à l'anarchie, Tresse et Stock, 1894.djvu/36

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Il ne faut pas s’étonner, si avec une civilisation apportée par les prêtres, les marins, les forçats et l’écume des chevaliers d’industrie, les Canaques, d’anthropophages honnêtes et hospitaliers, sont devenus progressivement fourbes, rapaces, ivrognes et pédérastes. Comme si ce n’était assez de dépraver ces indigènes après les avoir dépossédés, les fils de la vieille Europe se livrent à la traite des insulaires voisins, sous la protection du drapeau français. Pendant les huit jours que nous passâmes à Nouméa, entre notre débarquement et notre départ pour l’île des Pins, nous ne fûmes pas peu surpris d’entendre d’honorables habitants du crû nous engager à acheter un Néo-Hébridais ou, au moins un Indien malabar.

En effet, une agence, dirigée par deux commerçants des plus notables, MM. Joubert et Carter, tenait débit de viande humaine. Des navires frétés par cette officine, s’en allaient aux Nouvelles-Hébrides, l’archipel le plus voisin, recruter des sauvages des deux sexes, désireux, comme les petits savoyards, de voir du pays et de subvenir à leur existence en travaillant comme esclaves, alors qu’ils n’avaient qu’à se laisser vivre dans une indolence béate, au sein de leur tribu communiste. Les moyens mis en œuvre pour amener ces pauvres diables à Nouméa n’étaient pas bien variés : lorsque le loup de mer se fichait des apparences, il se contentait de les attirer à son bord sous prétexte de faire des échanges ; puis confisquant leurs marchandises et coulant leur embarcation, il négligeait de les renvoyer à terre. Quand, au contraire, le digne marin avait le scrupule d’agir régulièrement, ce qui arrivait quelquefois, il entrait en pourparlers avec le chef de tribu qui moyennant un stock de calicot, de