Page:Malato - De la Commune à l'anarchie, Tresse et Stock, 1894.djvu/62

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je viens, etc. » Puis, comme ils étaient seuls, Hubert en profita pour administrer à son commandant une maîtresse raclée. À la suite de cette algarade, le jeune officier donna sa démission et, ne sachant trop que faire, s’en alla en Chine, d’où il vint en Nouvelle-Calédonie. Là, il courut un peu la côte, passa pilote et acquit une réputation hors de pair à la fois comme navigateur et comme ivrogne. Nul ne conduisait plus habilement un navire au milieu des traîtres récifs de la mer de Corail et à bord, il était d’une sobriété remarquable, — peut-être aussi l’empêchait-on de boire. Cette abstinence le rendait malade, mais comme, une fois à terre, il prenait sa revanche ! On le voyait passer dans les rues de Nouméa, tantôt raide et majestueux comme l’incarnation de la justice, tantôt décrivant les plus folles figures géométriques et fourrant sous le nez des passants ahuris un squelette de hareng saur dans lequel il mordait à belles dents : « Je n’ai encore bu que quinze absinthes ! clamait-il. Qui me paie la seizième ? Je crève de soif ! » Et, sans respect de l’étiquette ou de la discipline, l’ancien enseigne interpellait vertement, en leur tapant sur le ventre, lieutenants de vaisseau ou capitaines de frégate. Souventes fois, il irruptait dans les bureaux de l’administration, faisant entendre aux ronds-de-cuir de tout grade de dures vérités. Le chef de la colonie même n’était pas à l’abri de ses mercuriales qu’il tolérait par restant de sympathie pour un ancien officier de marine et aussi par ce sentiment qui portait les rois à recevoir sans se fâcher les remontrances de leurs fous. Lorsque, dans la bonne ville de Nouméa, si respectueuse des tyranneaux administratifs, on entendait une voix éraillée par l’alcool hurler : « Je les emm… tous, depuis le