Page:Malato - De la Commune à l'anarchie, Tresse et Stock, 1894.djvu/79

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nal de la Havannah, facile à barrer. Même du côté sud, le plus ouvert à une escadre ennemie, un débarquement eût pu être fortement contrarié par des batteries établies sur les sinuosités du rivage et croisant leurs feux. Mais les intrépides guerriers auxquels la France confie la tâche de lui créer des colonies n’y regardent pas de si près : Nouméa avait un bel aspect défensif ; cette considération prima toutes les autres. La population urbaine en fut quitte pour ne boire que de l’eau de pluie pendant vingt-cinq ans.

Nous longeâmes la baie du Prony sans nous y arrêter et nous nous engageâmes dans la Havannah, mauvais passage où la mer, resserrée entre la côte et les récifs, fait sentir un très fort roulis. Nous dînâmes devant Toupéty, un joyeux dîner, égayé de chant, de lazzis et de contes rabelaisiens, dont quelques-uns ne manquaient pas d’humour : Simonin, méridional et ancien marin, était doublement dans son milieu parmi ces braves gens qui nous traitaient en frères. Le soir, on mouilla dans l’anse tout à fait déserte de Port-Bouquet, dont on partit le lendemain matin de bonne heure.

À mesure que nous remontions vers le nord, la côte nous apparaissait plus montagneuse, la chaîne serpentineuse qui meurt vers Yaté, au sud, projetant au centre de l’île des contreforts de mille à quinze cents mètres d’altitude. Le Humboldt, le Saint-Vincent, le mont Dô surgissaient majestueusement comme autant de géants, entourés à leur base d’un insondable abîme de verdure. Parfois, un mince filet de fumée s’en élevait, allant se détacher en gris pâle sur le ciel bleu. Informé par Simonin que là se trouvaient les repaires des tayos broussi, c’est-à-dire des plus farouches ennemis de notre civili-