Page:Malato - De la Commune à l'anarchie, Tresse et Stock, 1894.djvu/81

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prononciation plus gutturale que leurs voisins du littoral est. (moi) en touaourou, devenait en nouméa Kô ; dio (eau) se changeait en tio, aboui (rouge) en apoui, etc. La différence du touaourou au kunié était peu sensible.

Le dernier grand chef des Nouméas, fut Damê, dont l’histoire, singulièrement ressemblante avec celle du pius Æneas, peut être dite en moins de douze chants. Fils, non d’Anchise, mais de Sésagni, — état civil aussi honorable, — Damê était un grand chasseur et mangeur d’hommes qui, à force d’exercer son terrible appétit sur ses voisins, les contraignit à des mesures préservatrices. Un soir, pendant que la tribu célébrait un solennel pilou à Watchio-Kouéta, les Kamb’was peuplade vindicative, que guidait le féroce Ouaton’, tombèrent sur elle et la massacrèrent aux trois quarts. Damê échappa non sans peine avec Sésagni et son fils Capéia qui, tout comme Ascagne, promettait de marcher sur les traces paternelles. Il erra pendant quelques jours dans les montagnes du sud, s’y repaissant non plus de bonnes entrecôtes humaines, mais de racines presque aussi sauvages que lui. Cet ordinaire eût peut-être convenu à un végétarien : Damê ne l’était pas. Fort heureusement, le vieux Sésagni se rappela que, parmi ses nombreuses épouses, une, la mère de Damê, appartenait à la puissante tribu des Touaourous et il engagea son rejeton à aller demander l’hospitalité à ces braves gens. C’était une excellente idée, que Damê s’empressa de mettre à exécution. Les Touaourous, avaient à cette époque, pour monarque inconstitutionnel un nommé Kaâté qui accueillit les fugitifs non à estomac, mais à bras ouverts et leur fit accorder du terrain par les chefs voisins. Le fils de Sésagni n’était pas un empaillé : il se refit une nouvelle