Page:Malato - De la Commune à l'anarchie, Tresse et Stock, 1894.djvu/92

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ville de Paris : elle flotte, culbute même, mais ne s’engloutit pas. Son balancier la maintient constamment à la surface des flots. Chavire-t-elle, celui qui la monte la redresse presque aussi facilement que nous faisons d’un parapluie retourné par le vent ; il la vide et, tranquillement, continue son voyage.

Sur leurs pirogues, qui ne valaient certainement pas les trois grandes barques de Colomb, les intrépides Polynésiens ont traversé maintes fois l’immense étendue du Pacifique. De Taïti, ils sont venus porter leurs mœurs et leur langue à la Nouvelle-Zélande, rayonnant sur les Tuamotou, les Marquises, les Tonga. Le célèbre chef Taméaméa, après avoir étendu son autorité sur tout l’archipel hawaïen, rêvait, dit-on, la conquête de Taïti, situé à huit cents lieues au sud-est.

Les navigateurs que nous rencontrions n’étaient point animés de desseins aussi vastes. Ils péchaient tout bonnement autour d’un îlot et quelques-uns, marchant dans la mer avec de l’eau jusqu’aux épaules, immergeaient de longs filets d’une forme singulière. Qu’on se figure un engin en forme non de sac destiné à ramasser la proie, mais de rideau vertical, tendu par des pierres, fixées à son extrémité inférieure et barrant simplement le passage au poisson. Celui-ci, ou s’emprisonne dans les mailles, ou veut sauter par dessus le filet et rencontre la sagaïe de l’indigène. Les plus ordinaires de ces armes sont simplement des lances en bois, effilées à leur extrémité, que le guerrier brandit fortement à la façon des javelots antiques ; d’autres remplacent la pointe par de fortes arêtes ou même, — bienfait de l’introduction des métaux ! — par un trident de fer. Le poisson fugitif est ainsi transpercé au passage. La pêche se pratique de