Page:Malato - De la Commune à l'anarchie, Tresse et Stock, 1894.djvu/94

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CHAPITRE VII.


HOUAÏLOU ET SES HABITANTS.


« À beau mentir qui vient de loin », dit le proverbe. Si les progrès admirables de la géographie n’avaient fait connaître à ceux de mes compatriotes qui s’y intéressent, la Nouvelle-Calédonie et ses habitants, je pourrais enfler mes mémoires jusqu’au ton de l’épopée. Comme nombre de voyageurs procédant moins de Livingstone que de Tartarin de Tarascon, je pourrais raconter à des amis du merveilleux, d’imaginaires chasses au tigre et au serpent, entremêlées de combats héroïques avec les cannibales. Mais, vu le progrès des temps, une telle imposture n’est plus permise : même les académiciens, qui ne sont pourtant pas forts en connaissances encyclopédiques, savent aujourd’hui que les tigres et les serpents dédaignent d’habiter la Nouvelle-Calédonie ; aussi, la plus grosse victime de mes exploits cynégétiques a-t-elle été le pigeon-notou. Quant aux sauvages, j’en ai fréquenté intimement d’assez réussis ; j’ai même failli à deux ou trois reprises, pendant l’insurrection de 1878, y laisser ma peau ; mais, chaque fois, je m’en suis tiré sans bataille rangée. Ce fut, du reste, un grand soulagement pour moi de n’avoir pas à me reprocher le meurtre de pauvres diables bien payés pour haïr les blancs. Certes, ces primitifs avaient le tort de ne pas distinguer entre les riches propriétaires et éleveurs qui leur volaient la terre et les immigrants involontaires. Ils ont été les victimes de cette étroitesse : si, au lieu de se confi-