Page:Marais - La Virginite de Mademoiselle Thulette.djvu/58

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


ayant l’air de se sauver… ou provoquer la réconciliation désirée par une scène de rupture habilement feinte…

— C’est trop difficile, soupira Thérèse, je ne pourrai jamais !

— Mais si ! Il suffit de s’aguerrir… La coquetterie est un sentiment d’instinct… Jusqu’à présent, on vous a empêchée de toucher au fruit défendu… C’est comme dans les Oies du Frère Philippe… Vous ignorez sans doute cette histoire ?…

— Oui.

— Évidemment : Votre enfance, nourrie des fables de La Fontaine — un assez triste sire — récita ses moralités immorales. Mais on vous interdit la lecture de ses contes — cependant plus instructifs pour la jeunesse…

Lasse d’attendre, la baronne entrait. Heureux d’échapper au tête-à-tête, Bergeron poursuivit son cours, avec la conviction de ceux auxquels le Midrash enseigna que la Vérité est une corbeille précieuse, mais ronde, lourde et lisse, et qu’il faut, pour la saisir, une anse : l’apologue.

— Frère Philippe, dégoûté du monde, éleva son fils dans une solitude complète afin de le