Page:Marais - Trio d amour.pdf/212

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d’un repas ; et c’est lui qui connaîtra — ironie — les ravages de l’alcoolisme et son cortège de maux : diabète, névrose, albuminurie… Il en est de même de l’amour. Un bon petit notaire de province vient à Paris pour affaires. Il n’a jamais trompé sa femme, trop pusillanime pour risquer l’aléa d’une intrigue dans sa sous-préfecture de neuf mille habitants. Il est timoré, raisonneur et prudent. Mais Paris l’émancipe. Un soir, il suit la femme frôlée dans un promenoir de music-hall ; et, pour cinq minutes d’oubli, il tombe dans le piège qu’un viveur esquive impunément durant trente années de plaisir ; atteint dans sa santé, il se voit menacé par répercussion dans la sécurité de son foyer où sa froideur forcée éveille les soupçons conjugaux. Le châtiment de l’amour ? Question de chance individuelle. Et comme la chance a des goûts de fille, c’est don Juan qu’elle favorise. Dans ma carrière d’avocat, je n’ai pas rencontré d’épouse qui demandât le divorce contre un être de séduction ; ou bien, c’était pour le plaisir de se réconcilier devant le président. Combien de femmes pratiquent par tactique la politique des yeux fer-