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LE MARI PASSEPORT

plaque à tampon. Ma nouvelle personnalité signe en français et en arabe « Zeînab ».

Je m’inquiète un peu de ce nouveau nom, ce deuxième « moi » qui devra masquer maintenant toutes les réactions, toutes les pensées, toutes les paroles qui pourraient m’empêcher d’aboutir dans l’expédition que j’ai entreprise.

Ma conversion officielle est enregistrée, elle fut simple, comme toutes les cérémonies importantes des Arabes, sans pompe. En réalité, cette absence de faste donne un caractère plus solennel à l’acte lui-même, en concentrant toutes les pensées sur la signification morale de la cérémonie.

N’y a-t-il pas plus d’éloquence dans cette simplicité que dans nos rites d’Occidentaux ? Par contre, les formalités légales ne sont pas encore terminées. Le gouverneur de Haïfa doit apposer sa signature sur l’acte et le rendre valable ou caduc par ces simples mots : « favorable » ou « défavorable ».

Les journées se passent désormais à attendre cette signature. J’ai bien supplié le cheik Tewfik de nous marier, sans perdre de temps, mais il en réfère au cadi qui n’ose prendre de décision sans l’autorisation du grand muphti de Jérusalem, actuellement le plus grand chef religieux de tout l’Islam, depuis la suppression de celui de Constantinople.

On ne peut blâmer les précautions du cadi, tout exaspérantes qu’elles soient. Le cas est très spécial. En effet, nous sommes des étrangers, sans résidence en Palestine et je suis une nouvelle convertie. Je dois voir le gouverneur et obtenir sa signature, sans laquelle ma conversion est nulle. Pendant trois jours, peine perdue, il n’est jamais là, ou il est occupé. J’insiste tellement en y retournant le matin, l’après-midi, le soir, qu’il me reçoit enfin.

Heureusement, il est musulman, donc en principe