Page:Marguerite de Navarre - L’Heptaméron, éd. Lincy & Montaiglon, tome II.djvu/107

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saiges et vertueuses que celles que vous avez si longuement chassées en vostre jeunesse; mais c'est la gloire des vielles gens qui cuydent tousjours avoir esté plus saiges que ceulx qui viennent après eulx. - Et bien, Nomerfide, dist Geburon, quant la tromperie de quelcun de voz serviteurs vous aura faict congnoistre la malice des hommes, à ceste heure-là croirez-vous que je vous auray dict vray?" Oisille dist à Geburon: "Il me semble que le gentil homme, que vous louez tant de hardiesse, devroit plus estre loué de fureur d'amour, qui est une puissance si forte, qu'elle faict entreprendre aux plus couartz du monde ce à quoi les plus hardiz penseroient deux foys." Saffredent lui dist: "Ma dame, si ce n'estoit qu'il estimast les Italiens gens de meilleur discours que de grand effect, il me semble qu'il avoit occasion d'avoir paour. - Ouy, ce dist Oisille, s'il n'eust poinct eu en son cueur le feu qui brusle craincte. - Il me semble, ce dist Hircan, puis que vous ne trouvez la hardiesse de cestuy-cy assez louable, qu'il fault que vous en sçachiez quelque autre qui est plus digne de louange. - Il est vray, dist Oisille, que cestuy-cy est louable; mais j'en sçay ung qui est plus admirable. - Je vous suplie, ma dame, ce dist Gesburon, s'il est ainsy, que vous prenez ma place et que vous le dictes." Oisille commencea: "Si ung homme, pour sa vie et l'honneur de