Page:Marguerite de Navarre - L’Heptaméron, éd. Lincy & Montaiglon, tome II.djvu/253

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la ville, laquelle avoit espousé ung jeune homme qui surtout aymoit les chevaulx, chiens et oiseaulx. Et commencea, pour l'amour d'elle, à lever mille passetemps, comme tournoys, courses, luyttes, masques, festins et autres jeuz, en tous lesquels se trouvoit ceste jeune femme; mais, à cause que son mary estoit fort fantasticque et ses pere et mere la congnoissoient fort legiere et belle, jaloux de son honneur, la tenoit de si près que le dict seigneur d'Avannes ne povoit avoir d'elle autre chose que la parolle bien courte en quelque bal, combien que en peu de propos le dict seigneur d'Avannes aparceut bien que autre chose ne defailloit à leur amitié, que le temps et le lieu. Parquoy il vint à son bon pere le riche homme, et luy dist qu'il avoit grand devotion d'aller visiter Nostre Dame de Monserrat, le priant de retenir en sa maison tout son train, parce qu'il voulloit aller seul; ce qu'il luy accorda. Mais sa femme, qui avoit en son cueur ce grand prophete Amour, soupsonna incontinant la verité du voiage; et ne se peut tenir de dire à monseigneur d'Avannes: "Monsieur, monsieur, la Nostre Dame que vous adorez n'est pas hors des mutailles de ceste ville; parquoy, je vous supplie, sur toutes choses, regarder à vostre santé." Luy, qui la craignoit et aymoit, rougit si fort à ceste parolle, que, sans parler, il luy confessa la verité; et, sur cela, s'en alla.