Page:Marguerite de Navarre - L’Heptaméron, éd. Lincy & Montaiglon, tome II.djvu/26

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vos jambons parmy nos andouilles, vous ferez belle aumosne!" Puis, en continuant son sermon, il feit venir le scandale à propos, et en discourant assez brusquement par dessus, avec quelques exemples, il se meit en grande admiration, disant: "Eh dea, messieurs et mesdames de Sainct-Martin, je m'estonne fort de vous, qui vous scandalisez pour moins que rien, et sans propos, et tenez vos comptes de moy partout, en disant: "C'est un grand cas! mais qui l'eust cuydé, que le beau pere eust engrossy la fille de son hostesse?" Vrayement, dist-il, voilà bien de quoy s'esbahir qu'un moyne ait engrossy une fille! Mais venez ça, belles dames: ne devriez-vous pas bien vous estonner davantage, si la fille avoit engrossy le moyne?"

"Voylà, mes dames, les belles viandes, de quoy ce gentil pasteur nourrissoit le troupeau de Dieu. Encores estoit-il si effronté, que, après son peché, il en tenoit ses comptes en pleine chaire, où ne se doit tenir propos qui ne soit totalement à l'erudition de son prochain, et à l'honneur de Dieu premierement. - Vrayment, dist Saffredent, voilà un maistre moyne. J'aimerois quasi autant frere Anjibaut, sur le dos duquel on mettoit tous les propos facetieux qui se peuvent rencontrer en bonne compagnie. - Si ne trouvai-je point de risées en telles derisions, dit Oisille, principalement en tel endroict. - Vous ne dictes pas, ma dame, dist Nomerfide,