Page:Marguerite de Navarre - L’Heptaméron, éd. Lincy & Montaiglon, tome II.djvu/332

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naïfvement, ainsy que le cueur le pense! - C'est pour engraisser, respondit Longarine, et je croy que vous donnez vostre opinion selon vostre condition. - Je vous diray, dist Nomerfide, je voy que les folz, si on ne les tue, vivent plus longuement que les saiges, et n'y entendz que une raison, c'est qu'ilz ne dissimullent point leurs passions. S'ils sont courroucez, ilz frappent; s'ilz sont joieulx, ilz rient; et ceulx qui cuydent estre saiges dissimullent tant leurs imperfections, qu'ilz en ont tous les cueurs empoisonnez. - Et je pense, dist Geburon, que vous dictes verité et que l'ypocrisie, soit envers Dieu, soit envers les hommes ou la Nature, est cause de tous les maulx que nous avons. - Ce seroit belle chose, dist Parlamente, que nostre cueur fust si remply, par foy, de Celluy qui est toute vertu et toute joye, que nous le puissions librement monstrer à chascun. - Ce sera à l'heure, dist Hircan, qu'il n'y aura plus de chair sur noz os. - Si est-ce, dist Oisille, que l'esperit de Dieu, qui est plus fort que la mort, peult mortiffier nostre cueur, sans mutation ne ruyne de corps. - Ma dame, dist Saffredent, vous parlez d'un don de Dieu, qui n'est encores commung aux hommes. - Il est commung, dist Oisille, à ceulx qui ont la foy, mais, pour ce que ceste matiere ne se laisseroit entendre à ceulx qui sont charnelz, sçachons à qui Symontault donne sa voix. - Je la donne, dist Symontault, à Nomerfide;