Page:Marguerite de Navarre - L’Heptaméron, éd. Lincy & Montaiglon, tome II.djvu/81

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car, en sa presence, se gardoit bien de parler à luy. Mais, quant elle luy vouloit dire quelque chose, s'en alloit veoir quelques dames qui demoroient à la court, entre lesquelles y en avoit une dont son mary faingnoit estre amoureux.

Or, ung soir, après soupper, qu'il faisoit obscur, se desroba la dicte dame, sans appeller nulle compaignye, et entra en la chambre des dames, où elle trouva celluy qu'elle aimoit mieulx que elle-mesmes; et, en se asseant auprès de luy, appuyez sur une table, parloient ensemble, faingnans de lire en ung livre. Quelcun que le mary avoit mis au guet, luy vint rapporter là où sa femme estoit allée; mais luy, qui estoit saige, sans en faire semblant, s'y en alla le plus tost qu'il peut. Et, entrant en la chambre, veid sa femme lisant le livre, qu'il faingnit ne veoir poinct, mais alla parler tout droict aux dames qui estoient de l'autre costé. Ceste pauvre dame, voyant que son mary l'avoit trouvée avecq celluy auquel devant luy elle n'avoit jamais parlé, fut si transportée, qu'elle perdit sa raison, et, ne pouvant passer par le banc, saulta sur la table, et s'enfuit, comme si son mary, avecq l'espée nue, l'eust poursuivye; et alla trouver sa maistresse, qui se retiroit en son logis.

Et, quant elle fut deshabillée, se retira la dicte dame, à laquelle une de ses femmes vint dire que