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les forçats du mariage

— Ah ! voilà donc un homme qui me comprend.

— À mon avis, prétendit Marcelle, quand on aime, il doit y avoir une plus grande félicité à obéir qu’à commander.

— Tu es une hérétique en amour, ma petite Marcelle. L’abnégation qu’on nous prêche est non-seulement absurde, mais subversive. Si la femme habituée à être traitée en enfant ou en servante par son mari, rencontre un véritable amoureux qui la traite en souveraine, quelle vertu ne lui faudra-t-il pas pour résister à cette flatterie de l’amour ?

— Si encore, se récria Marcelle, tu ne prêchais que la désobéissance, mais tu entends qu’une femme garde sa liberté. Voilà ce qui me paraît horriblement immoral.

— L’immoralité, repartit Cora, c’est le mensonge, c’est l’abandon de sa dignité. Moi je soutiens que la liberté seule peut garantir la vertu et le bonheur dans le mariage. L’unique convention que nous ayons faite, M. Dercourt et moi, c’est de nous quitter plutôt que de nous tromper, si nous devions jamais cesser de nous aimer. Là est le secret de notre félicité conjugale.

— Eh bien ! moi, reprit Marcelle avec feu, je trouve odieux de prévoir, quand on s’aime, qu’il arrivera un moment où l’on ne s’aimera plus. Cette seule pensée me serre le cœur, m’étouffe.

— Il n’y a qu’un moyen pourtant, allégua Cora, de prévenir des déceptions trop cruelles, c’est de