Page:Martel - Les Cévennes et la région des causses, 1893.djvu/8

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AU LECTEUR


En France, le pays que l’on visite le moins, c’est la France. Quand un promeneur ennemi de la routine revient du Jura, des Ardennes, de l’Auvergne ou des Cévennes, on lui demande, avec une sollicitude narquoise, s’il a pu se procurer partout, dans ces provinces perdues, le pain et le lit quotidiens !

Des Cévennes surtout on faisait un épouvantail.

Or voici que depuis une douzaine d’années, et grâce, il faut le reconnaître, à l’initiative du Club alpin français, les pauvres cantons du Quercy, du Gévaudan, du Rouergue, du Larzac, etc., font parler d’eux avec insistance ; voici qu’ils se mettent, en dépit de la mode, à attirer les touristes par centaines vers des sites splendides, inconnus hier et célèbres demain, les gorges du Tarn et de ses affluents, de l’Hérault et de la Vis, les labyrinthes rocheux de Montpellier-le-Vieux, du Rajol, etc., — les cascades souterraines de Bramabiau, la grotte de Dargilan, etc.

C’est que ces cantons composent la curieuse région des Causses, les plateaux calcaires du Lot, de la Lozère, de l’Aveyron, du Gard et de l’Hérault. — Là, des vallées étranges n’ont guère plus de largeur que de profondeur ; leurs falaises encaissantes mesurent 500 mètres de hauteur verticale ; les roches sont pourpres, et les eaux translucides ; des forêts d’arbres se montrent moins fournies que les forêts d’obélisques naturels taillés et sculptés par les déluges antiques à même la pierre du terrain ; enfin l’on y voyage en barque sur les torrentueuses rivières quand les chemins n’ont pu trouver place au fond des trop étroits défilés !

Or tout cela, qui s’admire sans peine au flamboyant soleil du Midi, n’est pas cependant le côté le plus original de la contrée. Les paysages constituent le recto ; le verso gît dans les entrailles du sol, loin du ciel bleu, et il dissimule des merveilles dont quelques-unes seulement se sont laissé entrevoir : grottes à stalactites immenses, longues de plusieurs kilomètres, avec des rivières souterraines imparcourues, des lacs intérieurs ignorés, revêtues d’un scintillant manteau de cristallisations, aussi belles que celles d’Autriche ; tout un monde noir et caché qui se transforme en palais féerique à la lueur du magnésium, fantastique à visiter, palpitant à découvrir !

Aux amateurs de sites pittoresques et de paysages grandioses, aux promeneurs en quête d’excursions nouvelles, aux touristes, en un mot, ce livre s’adresse particulièrement.

Il va décrire une contrée non moins digne d’admiration que facile d’accès :

Admirable, en effet, puisqu’on n’a pas craint de mettre les accidents de ses vallées et de ses roches en parallèle avec les plus étranges scènes naturelles de l’Amérique du Nord, les cañons du Colorado entre autres ;