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histoire des églises et chapelles de lyon

occupaient était le plus chargé qu’il se pût imaginer de droits à acquitter comme on dirait aujourd’hui ; de directes, de pensions, de dîmes, disait-on alors.

À cet égard, il ne se pouvait pire situation : la Divine Providence s’élevait au point de rencontre de quantité de suzerainetés et juridictions : elle était tributaire d’Ainay, de la commanderie Saint-Georges de l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem, de l’abbaye Saint-Pierre, de la custodie de Saint-Jean. Il fallut contenter ou amener à composition tous ces fiscs, ne pas succomber sous ces coûteux vasselages : directes actives et passives, rentes nobles, censives seigneuriales. Ce qui ne signifie pas qu’on ne leur accordât assez souvent des allégements. En 1738. par exemple, elles firent, en quelque sorte, appel de la dîme Saint-Clair, dont la rigueur leur avait été imposée depuis neuf ans par l’abbaye Saint-Pierre. Par devant Charles de Masso de La Perrière, sénéchal de Lyon, elles représentèrent que « le dixième appartenant à l’abbaye, appelé le dixième de Saint-Clair, de fruits croissants dans l’étendue de leur clos, était sujet à variations, qu’elles étaient obligées de tenir leur porte ouverte, pour l’exaction, aux jardiniers et préposés, que, dès lors, elles avaient demandé déjà à défunte abbesse, dame de Cossé de Brissac, de fixer cette dîme à une redevance annuelle et perpétuelle, ce que ladite défunte abbesse avait accepté avec son conseil ». Sur quoi, il fut fait droit à cette requête, étant présentes par devant le notaire royal et conseiller du roi, pour l’abbaye Saint-Pierre : Marguerite de Virieu de Beaumont, prieure, Philiberte de La Martinière, receveuse, Suzanne de Lauras et Marie de Chevrier, professes, et pour le monastère de la Providence Divine : Jeanne-Marie de la Croix Ribier, supérieure, Élisabeth Morel, assistante, Madeleine Romieu, Jeanne-Marie Blond. L’acte conclut « qu’à partir de l’an prochain, la dîme Saint-Clair sera une redevance fixe, annuelle, perpétuelle ». C’était autant de gagné et du moins elles se libéraient des risques de vol et de l’offense à la vie claustrale dont se compliquait cet impôt.

Auparavant, elles n’avaient pas eu un pareil succès auprès du commandeur de Saint-Georges et Temple de Vaux, François-Aimé Dusset de Château-Vert, chevalier de l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem. En 1646, 1683, 1733, elles amassent le papier noirci et le papier timbré pour défendre contre « l’homme de gestion » de M. de Saint-Georges, presque toujours absent de Lyon, telle partie du bâtiment « servant autrefois de colombier appelé le Croyat », telle parcelle du pré, du verger ou de la vigne de cinq journées d’hommes en la côte Saint-Sébastien, paroisse Saint-Vincent. « C’est un écheveau à démêler dans le panier aux épluchures », écrivait une religieuse en 1646. En 1776, l’écheveau tenait encore bon ou plutôt s’enroulait et se nouait de plus en plus. Il fallut que les Bernardines de Lyon cessassent d’exister pour échapper à ces chicanes.

Elles n’eurent pas moins de peine du côté de la passive directe et de la censive d’Ainay. Les pièces comptables de ce débat commencèrent à se superposer dès 1641, première année de l’existence légale du monastère. La custodie de Saint-Jean fut moins âpre à leur appliquer ses prétentions.

À ces alertes sans trêve, les religieuses ajoutèrent elles-mêmes ce qui prépara la crise qui faillit les emporter avant leur heure sonnée. Le précaire état de leur temporel finit