Page:Martin - Histoire des églises et chapelles de Lyon, 1908, tome I.djvu/199

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saint-just

passions déchaînées engendrèrent la guerre civile ; on s’arma de part et d’autre : on dressa des barricades. Les citoyens pillent et saccagent le cloître de Saint-Jean : ils montent assiéger celui de Saint-Just dont le clergé avait embrassé la cause de ses confrères d’en bas ; ils tuent quelques soldats, en blessent plusieurs autres, incendient des maisons ; trois fois ils reviennent à l’assaut, mais les portes résistent ; ils se vengent, ou sait avec quelle cruauté, en mettant à sac Cuire, Geney et Couzon, en envahissant Écully, propriété des chanoines de la colline, et en brûlant, dans l’église, le curé et une vingtaine de ses paroissiens. La paix fut longue à se rétablir ; l’autorité de Grégoire X et les ordonnances de Philippe le Bel n’y réussirent qu’en modifiant la constitution des tribunaux et le règlement de la justice, et en octroyant à la commune les franchises qu’elle revendiquait.

Sainl-Just en 1550 (d’après un plan du xvie siècle).

Il serait bien curieux de pouvoir reconstituer cette église des puissants barons de Saint-Just, qu’ils édifièrent à la plus belle époque de l’art gothique, où tant de bienfaiteurs déposèrent les marques de leur munificence et le tribut de leurs vœux. Aucun dessin ne nous est parvenu, sauf celui du plan scénographique du xvie siècle, dont l’exactitude n’est que très approximative. Les documents écrits contiennent au moins de brèves indications qu’il est bon de ne pas tenir dans l’oubli : en les rapprochant et en les comparant entre elles, on a quelque idée de ce que le marteau et le fanatisme des démolisseurs ont anéanti. Le plus connu de ces documents, publié en 1662 et réédité par M. Guigne, le savant archiviste départemental, est le verbal des informations ordonnées par Charles IX sur les dommages causés par les Prétendus Réformés dans le faubourg : deux autres pièces antérieures, que nous souhaiterions aussi vivement voir mettre au jour, compléteront nos informations : la première est l’inventaire du trésor, rédigé en 1540, vingt-deux ans avant la catastrophe, la seconde un autre inventaire auquel les officiers du baron des Adrets procédèrent le 8 mai 1562.

Voici les principaux renseignements que ces textes fournissent. La façade du monument était percée de cinq portes, flanquée de deux tours carrées à toiture plate et ornée de colonnes de marbre. La porte centrale, la plus spacieuse et la plus fouillée, présentait l’image du Christ, ayant à ses pieds l’agneau symbolique du sacrifice : six grandes statues étaient placées de chaque côté : elles représentaient à droite saint Épipoi, saint Jean l’Évangéliste et saint Irénée ; saint Alexandre, saint Jean-Baptiste et saint Just occupaient