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saint-bruno des chartreux

SAINT-BRUNO DES CHARTREUX

L’ordre des Chartreux se multiplia rapidement sous les bénédictions de Dieu : dès les premiers temps, il fonda plusieurs couvents dans notre région. Ces religieux songèrent cependant à avoir, en une ville comme Lyon, traversée si souvent par les prieurs qui, de tous les points, se rendaient au chapitre annuel de la Grande-Chartreuse, un pied-à-terre utile, à s’implanter dans la Rome des Gaules, ainsi qu’ils l’avaient fait dans la Rome de la catholicité.

Donc, en 1584, au mois d’août, ils vinrent à Lyon où se trouvait le roi Henri III, et sollicitèrent l’autorisation désirée ; cette autorisation obtenue, ils fixèrent leur choix sur le tènement de la Giroflée, lequel, dit un de leurs annalistes, tirait son nom de Jean la Giroflée qui en était possesseur en 1427. L’emplacement choisi était dans les conditions souhaitables d’isolement et de silence : peu ou point d’habitations sur le plateau qui domine la vallée, et sur les pentes qui s’inclinent vers la Saône. Mais, par le fait même que ces hauteurs étaient à peu près inhabitées, les Lyonnais en avaient fait un lieu de promenade et de plaisir ; aussi l’historien qui a consigné les origines du monastère, et qui vivait à cette époque, un Chartreux, dom Nicolas Molin, s’écrie à ce propos : « Quel changement a opéré la main de Dieu ! Le théâtre du plaisir va devenir la maison de la prière ; ce qui était le repaire du démon devient la demeure des anges ; ce qui était une salle de bal est transformé en Saint des Saints ».

Celle prise de possession du divin Maître eut lieu le 18 octobre 1584, jour où l’on y célébra la messe pour la première fois. Tout y était provisoire. Le maître et les serviteurs vivaient presque dans le dénûment de Bethléem. Puis, si les secours arrivaient, le prieur, dom Marchand, qui devait être un peu plus tard général de l’ordre, les employait non pas tant aux besoins des religieux qu’à l’embellissement de la chapelle. Pour s’en tenir au mol cité plus haut, il avait utilisé l’ancienne salle de bal et en avait fait un oratoire très convenable et très recueilli.

Arrive enfin un don quelque peu considérable. Un calviniste, venu de Paris à Lyon, se convertit dans notre ville, et, touché de la pauvreté du couvent, offre à dom Marchand, nouvellement promu au généralat, une somme de 2.000 écus d’or. « Quoi de plus doux et de plus agréable à ce Père ! — je cite encore mon narrateur — car il gardait le meilleur de son âme et de son cœur à sa pauvre Chartreuse de Lyon, qui était comme sa pupille, comme son enfant. »

La destination de cette somme fut bien vite décidée : il en bâtirait une demeure plus digne de Dieu que celle qui existait déjà. Alors, il envoya à Lyon Guillaume Schelsom, un religieux qui avait été jadis évêque en Écosse, et Jean de l’Écluse, prieur de Valenciennes, pour qu’ils jetassent les fondements d’une nouvelle église.