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histoire des églises et chapelles de lyon

toire de ce dernier, il a été récemment démontré que la vérité historique était en faveur de Saint-Pierre.

On a déjà donné quelques renseignements sur les améliorations apportées au xviiie siècle à l’église récemment reconstruite. Il ne sera pas sans intérêt d’ajouter ici quelques détails donnant une idée de la richesse exceptionnelle du monument. Tout d’abord la chapelle fut enrichie de décorations, d’après les dessins exécutés par l’architecte Thomas Blanchet. L’ensemble se composait de pilastres d’ordre ionique, en marbres de couleur, couronnés par un entablement, au-dessus duquel étaient de petits anges alternés avec des cassolettes. Dans les espaces entre les pilastres furent placés des tableaux représentant les événements de la vie de saint Pierre. Au milieu un espace plus grand était destiné à recevoir une peinture représentant La Cène. Au-dessus de ce tableau était un enfoncement en forme de grotte, dans lequel on avait mis un Saint Pierre aux Liens. Cette statue commencée par les sculpteurs Lacroix et Vaigneux, fut achevée par le célèbre Hidau et coûta 600 livres. Ces aménagements entraînèrent l’exhaussement des murs, le bouchement des anciennes fenêtres et la construction à nouveau de la voûte, enfin la reconstruction du maître-autel qui n’avait pas encore subi de retouche sérieuse. Une magnificence exceptionnelle fut apportée à cette réédification. L’autel fut formé de marbres de couleur, comme les pilastres ; au milieu se trouvait un panneau rempli par un bas-relief en argent représentant L’Adoration des pasteurs à la naissance du Christ, travail exécuté par Martin Villette, maître-orfèvre de Lyon. Le tabernacle était en bronze doré et orné de statuettes mobiles également en argent ; quatre figures représentaient des enfants, dont deux sur le devant et deux sur le fronton. Les côtés étaient décorés de deux têtes de chérubins ; la porte du tabernacle représentait l’Apparition de l’ange à saint Pierre, au sépulcre, après la résurrection : le tout exécuté en argent. Un orgue fut aussi placé dans une tribune construite spécialement à cet usage et dont on ne sait la position exacte. Devant le maître-autel fut mise une balustrade, composée de douze pilastres et d’autant de panneaux dont deux représentaient des armoiries d’abbesses ; le sanctuaire fut aussi dallé en losange de pierre noire et blanche. En même temps l’orfèvre Michel-Paul Mouton fabriqua divers objets destinés au service du culte ; on citera particulièrement six burettes, une aiguière et un bénitier en argent ; divers chandeliers, une croix en argent de plus d’un mètre de hauteur. Cette argenterie était enrichie de figures et marquée aux armes du monastère, ou des abbesses qui avaient fait fabriquer ces objets.

Tous ces embellissements si riches, qui nécessitèrent des ressources considérables, furent l’œuvre exclusive de l’abbesse Antoinette d’Albert de Chaulnes dont le nom a déjà été rappelé, et qui dirigea le monastère Saint-Pierre de 1072 à 1708. Elle possédait une grande fortune personnelle et avait le goût de l’ostentation : son train de maison se composait de nombre de domestiques et d’une écurie bien fournie. Cette particularité, qui paraîtrait ridicule aujourd’hui, rentrait dans les mœurs de l’époque.

Des transformations successives, opérées dans la suite, vinrent s’ajouter à celles déjà faites. Deux orgues furent établies, un dans le fond de l’église et l’autre à l’opposé, dans le chœur des religieuses. Afin d’agrandir l’église devenue trop petite pour ceux qui y