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notre-dame de fourvière

les exhorter, comme l’eût fait un saint homme d’église, à la résidence, à l’exactitude, à la psalmodie, à une fidélité scrupuleuse pour les statuts et les usages de leur compagnie. Cette visite fut placée dans l’après-midi du dernier mai ; accompagné de son aumônier, Charles Bignerel, le prince s’agenouilla et récita dévotement ses invocations accoutumées ; debout ensuite et couvert, il communiqua ses impressions et ses avis. Sa mercuriale ne fut pas d’un ton trop sévère, et, pour achever de gagner le cœur de ses auditeurs, il se recommanda à leurs prières et exprima le désir d’un Salve Regina quotidien à son intention. Enfin, peu après son départ pour Plessis-lez-Tours, le 26 juillet, un de ses chambellans, Adrien de Montpensier, remit au curé-sacristain, Pierre de Varey, dont le rôle est très sensible dans ces circonstances, un calice d’argent du poids de 15 marcs, une custode-ostensoir, deux couronnes d’or, une lampe d’argent et des ornements précieux, chasuble, tuniques et mitres. La sécurité était encore si incertaine, sur la montagne, que toutes ces pièces d’orfèvrerie furent déposées au trésor de Saint-Jean. Mais de plus en plus émerveillé, on arrêta, en séance plénière, que la grosse cloche serait sonnée, chaque matin, pour la messe royale.

En résumé, à la fin du moyen âge, le culte de la Mère de Dieu, sans avoir atteint un progrès, capable de frapper l’imagination populaire, était sorti de la période d’oubli, d’énigmatique réserve, où la légende posthume de l’archevêque de Cantorbéry l’avait insensiblement relégué. D’autres fondations, contemporaines de celle de Louis XI, dont nous venons de parler, lui formaient un complément opportun ; elles permettaient au moins d’entourer le cycle des solennités, consacrées aux mystères de Marie, d’une pompe et d’une ampleur qui les distinguaient et les rehaussaient. Ainsi Pierre de Broissia, chanoine, possesseur d’une superbe Bible manuscrite, en trois volumes, qu’il légua à ses confrères, avait fourni aux frais de la grand’messe sabbatine (8 juillet 1471) ; un prévôt, élevé sur le siège épiscopal du Puy-en-Velay, Geoffroy de Pompadour, avait, en différentes fois, réglé la dépense pour les jours de la Conception (1489), de la Visitation (1490), de sainte Anne et de saint Joseph (23 juillet 1500) ; de sa propre inspiration le chapitre s’imposa les vigiles des cinq fêtes de Notre-Dame. Ce mouvement, loin de se ralentir, prenait une accélération progressive, lorsque l’invasion et les guerres du protestantisme jetèrent, dans la ville et le reste de la province, une perturbation et des ruines dont Fourvière eut énormément à souffrir et ne se releva que très lentement.

Le fanatisme des soldats et des coreligionnaires du cruel baron des Adrets, dans l’impuissance de nuire aux personnes qui avaient fui, s’acharna contre les autels, les statues, le mobilier, les dalles du pavé. Ils jetèrent bas l’enceinte du cloître, rasèrent les maisons canoniales, saccagèrent la sacristie et le chartrier, brisèrent tout à l’intérieur, rompirent les cloches, abattirent le couvert et ne laissèrent debout que les quatre murs, dégarnis de portes et de fenêtres. En face d’un pareil désastre, après la trêve conclue, les chanoines se sentirent absolument découragés ; sous le coup de tant de malheurs et de si lourdes charges, se dérobant à une responsabilité qu’ils estimaient au-dessus de leurs forces, ils résolurent simplement de se dissoudre ; ils se cherchèrent des successeurs plus hardis ou plus riches. L’existence de Notre-Dame de Fourvière demeura quelque temps en suspens.