Page:Martin - Histoire des églises et chapelles de Lyon, 1908, tome II.djvu/46

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.
32
histoire des églises et chapelles de Lyon

Mgr de Pins, dans un mandement d’une éloquence émue, daté du 20 décembre 1832, le déclarait par des paroles formelles, qui ne soulevèrent aucune contradiction.

« Marie, écrivait-il, s’est présentée devant le trône de son Fils, afin de lui demander grâce pour nous. Le glaive de la justice de Dieu, qui étincelait déjà sur nos têtes, est rentré dans le fourreau : l’ange exterminateur a reçu l’ordre de nous épargner ; et le fléau terrible, qui nous enveloppait de toute part, a rapidement traversé ce vaste diocèse, sans oser frapper aucun de ceux qui l’habitent. »

Mais la condition des pauvres humains est de n’échapper à un mal que pour tomber dans un autre ; indemnes de l’épidémie, nos pères furent victimes d’une inondation qui causa beaucoup de ruines et plus de misères encore. Le Rhône, ayant envahi les plaines des Brotteaux et de la Guillotière, et la Saône, débordée en même temps, rejoignirent leurs eaux dans l’église de la Charité ; on ne compta bientôt plus les maisons emportées, les ménages sans asile et sans mobilier, les ouvriers en chômage. Les dévouements furent héroïques et les sauveteurs au-dessus de tout éloge. La religion inspira les uns et soutint les autres et, comme en plus d’un cas, la protection de Marie avait été sensible, on lui voua un tableau, payé par souscription publique et inauguré le 23 avril 1843.

Il n’est pas jusqu’aux émeutes, qui ont ensanglanté nos places, et aux tristes guerres civiles, qui n’aient provoqué, de la part du peuple lyonnais, envers leur inlassable Protectrice, des hommages et des appels à sa pitié et qui ne lui aient valu cette assistance miséricordieuse, sur laquelle il compte, même dans l’égarement de luttes fratricides.

Jetez plutôt les yeux sur le mur, qui sert d’appui à l’autel du Sacré-Cœur, et lisez l’inscription du tableau qui y est suspendu :

les locataires de la maison
brunet en action de grâces
le 12 avril 1834

Qui ne connaît la maison Brunet, aux trois cent soixante-cinq fenêtres, sur le versant des Chartreux, face aux anciens Carmes déchaussés ? Dans l’insurrection d’avril 1834, ses habitants traversèrent une heure de violente angoisse. Un coup de feu, parti, disait-on, d’un de ses étages, avait tué raide un lieutenant, qui surveillait quelques pièces de canon, rangées sur la terrasse des missionnaires. L’ordre est aussitôt donné de bombarder l’immeuble et une première décharge jette l’épouvante parmi les femmes et les enfants, qui fuient en poussant d’horribles cris. C’est à ce moment que M. le curé de Saint-Bruno intervient et, à force de raison et d’instances, il finit par convaincre le chef du détachement qu’il se trompe sur l’endroit, d’où la balle meurtrière a été tirée, et lui demande grâce pour ses paroissiens innocents. Le feu fut suspendu et, quand M. Pousset en porta la nouvelle à ces gens affolés, il fut acclamé comme un sauveur ; on se précipitait à genoux pour lui baiser la soutane et les mains.

Il désira cependant que le tribut de cette gratitude si profonde fut adressé, non pas à sa personne, mais à la Vierge de Fourvière, qui avait inspiré sa démarche, soutenu son courage et sa voix, fléchi ses interlocuteurs. La toile pittoresque, qu’il déposa, dans son sanctuaire, accompagné de toutes les familles sauvées, perpétue la joie du troupeau et l’humilité du pasteur.