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histoire des églises et chapelles de lyon

il répète au troisième de leurs collègues, l’abbé Gaspard Renaud : « Je veux Saint-Bonaventure. » Il y revient encore, le 23 du même mois ; la demande est en effet partie. M. Bureau de Puzy répond par une fin de non-recevoir, plus catégorique que les précédentes ; il n’allègue aucun argument inédit, il objecte, pour la dixième fois, l’impossibilité de transporter la halle dans un autre lieu, le prix exhorbitant que coûteraient les plus urgentes réparations. Redoutant toutefois d’offenser, par un refus formel, un personnage aussi puissant que Son Altesse Éminentissime, il glisse, à la fin de sa missive, l’avis de réserver au gouvernement la solution en suspens. En diplomate avisé, il a bien soin de la préparer avec Paris et, en particulier avec le ministre des Cultes, il pèse, de tout son crédit, sur le refus qu’il escompte et se déclare tout prêt à révoquer son arrêté du 4 germinal an XI.

Fesch consent à entamer le débat sur le nouveau terrain où il est porté, et il adresse à Portalis, le 26 floréal, un plaidoyer qui ne ménage, ni ses adversaires, ni les raisons dont ils couvrent leur résistance de parti pris. » J’entends épuiser tous les moyens de réussite et je vaincrai les obstacles », annonce-t-il à l’archevêché. Ceux qui l’arrêtent seront-ils plus grands qu’il le prévoyait ? Il se montrera patient, pour mieux en triompher. Il consentira (1er messidor) à reconnaître avec M. Gourbon qu’il est sage de remettre l’affaire à un moment plus heureux, mais trois semaines ne se passent pas, sans qu’il s’empresse d’assurer les fabriciens, qui ont fait un deuxième appel à son influence, qu’il ne perd pas la question de vue et qu’il ne laissera pas le ministre en repos (22 messidor, 17 juillet). C’est à Paris, où notre archevêque-ambassadeur a conduit Pie VII, pour le couronnement de l’empereur, qu’il reprend la conversation. Une lettre, qu’il adresse au ministre des cultes, le 22 frimaire (13 décembre), onze jours après le sacre, destinée à clore officiellement des entrevues antérieures, contient son refus persistant de consentir à l’aliénation de Saint-Bonaventure, même si les Jacobins de la place Confort lui étaient cédés en échange. Les plus graves préoccupations, à propos des affaires religieuses de France, sur lesquelles le Souverain Pontife avait jugé utile d’entamer une espèce de négociation avec le gouvernement, d’autres, particulières au diocèse, telles que l’organisation du grand séminaire, l’entrée des Pères de la Foi à l’Argentière, l’acquisition des bâtiments des Minimes à Roanne, l’approbation des Frères de la Doctrine chrétienne au Conseil d’État, la complète évacuation du palais archiépiscopal par ses locataires laïcs, ne faisaient point oublier au prélat les Cordeliers, qui lui tenaient tant au cœur ; plus il éprouvait de résistance, autour de lui, plus son amour-propre et sa conscience le poussaient à ne pas reculer. Si clairement, cependant, qu’il établisse son droit, si haut qu’il crie : « Je veux entrer chez moi ; aux usurpateurs d’en sortir ! », l’opposition, formée, dès le principe, contre son ordonnance, était si solide, elle était liée à des intérêts si essentiels à ménager, que le ministre n’osait pas la briser ; un refus répugnait à sa courtoisie ; il jugeait, d’un autre côté, qu’il était au-dessus de son pouvoir d’accorder la grâce. D’un commun accord, on se réfugia dans un nouveau délai, toutefois assez court ; on convint que, sur les lieux mêmes, pendant le séjour de l’Empereur, qui se rendait à Milan, au milieu d’avril, le litige lui serait soumis et qu’il le trancherait sans appel. En quittant Paris, Fesch emporte donc quelque espoir ; résolu toutefois de ne pas cesser d’avoir l’œil ouvert, car il ne peut répondre que son ombrageux neveu ne soit victime d’une surprise et ne cède à la coterie.