Page:Martin du Gard - Le Cahier gris.djvu/163

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lui fait les cheveux blancs et plonge son visage dans l’ombre ; mais il a revu tous ses traits. Il baisse la tête et continue à monter, devinant qu’elle descend vers lui ; il ne parvient plus à soulever les jambes ; et tandis qu’il se découvre, n’osant relever la tête, ne respirant plus, il se trouve contre elle, le front sur sa poitrine. Mais son cœur est douloureux, presque sans joie : il a tant espéré cette minute, qu’il y est insensible ; et quand il s’écarte enfin, il n’y a pas une larme sur sa figure humiliée. C’est Jacques qui, s’adossant au mur de l’escalier, éclate en sanglots.

Mme de Fontanin tient à deux mains le visage de son fils et l’attire vers ses lèvres. Pas un reproche : un long baiser. Mais toute l’angoisse de la terrible semaine fait trembler sa voix, lorsqu’elle demande à Antoine :

— « Ont-ils seulement dîné, ces pauvres enfants ? »

Daniel murmure :

— « Jenny ? »

— « Elle est sauvée, elle est dans son lit, tu vas la voir, elle t’attend… » Et comme Daniel se dégage et s’élance dans