Page:Marx - Le Capital, Lachâtre, 1872.djvu/215

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vriers demandent à être payés toutes les semaines et non tous les quinze jours ; ils veulent que l’on mesure les cuves au poids ; ils réclament contre l’usage de faux poids, etc., (no 1071). « Quand la mesure des cuves est grossie frauduleusement, l’ouvrier n’a‑t‑il pas le droit d’abandonner la mine, après en avoir donné avis quinze jours d’avance ? — Oui, mais s’il va à un autre endroit, il retrouve la même chose. » (no 1072) « Mais il peut bien quitter la place là où l’injustice est commise ? — Cette injustice règne partout. » (no 1073) « Mais l’homme peut toujours quitter chaque fois la place après un avertissement de quinze jours ? — Oui. » Après cela il faut tirer l’échelle !

VI. Inspection des mines. — Les ouvriers n’ont pas seulement à souffrir des accidents causés par l’explosion des gaz (nos 234 et suiv.). « Nous avons égaiement à nous plaindre de la mauvaise ventilation des houillères ; on peut à peine y respirer et on devient incapable de faire n’importe quoi. Maintenant, par exemple, dans la partie de la mine où je travaille, l’air pestilentiel qui y règne a rendu malades beaucoup de personnes qui garderont le lit plusieurs semaines. Les conduits principaux sont assez aérés, mais non pas précisément les endroits où nous travaillons. Si un homme se plaint de la ventilation à un inspecteur, il est congédié et, de plus, « signalé » ce qui lui ôte tout espoir de trouver ailleurs de l’occupation. Le « Mining Inspecting Act » de 1860 est un simple morceau de papier. L’inspecteur, et le nombre de ces messieurs est beaucoup trop petit, fait peut-être en sept ans une seule visite pour la forme. Notre inspecteur, septuagénaire invalide, surveille plus de cent trente mines de charbon. Outre les inspecteurs, il nous faudrait encore des sous‑inspecteurs. » (no 280) « Le gouvernement doit‑il donc entretenir une armée d’inspecteurs suffisante à faire tout sans le secours, sans les informations des ouvriers eux-mêmes ? — Cela est impossible, mais ils devraient venir prendre leurs informations dans les mines mêmes. » (no 285) « Ne croyez‑vous pas que le résultat de tout cela serait de détourner la responsabilité des propriétaires et exploiteurs de mines sur les fonctionnaires du gouvernement ? — Pas du tout ; leur affaire est d’exiger l’exécution des lois déjà existantes. » (no 294) « Quand vous parlez de sous‑inspecteurs, avez‑vous en vue des gens moins bien rétribués que les inspecteurs actuels et d’un caractère inférieur ? — Je ne les désire pas le moins du monde inférieurs, si vous pouvez trouver mieux. » (no 295) « Voulez‑vous plus d’inspecteurs ou une classe inférieure de gens comme inspecteurs ? — Il nous faut des gens qui circulent dans les mines, des gens qui ne tremblent pas pour leur peau. » (no 296) « Si l’on vous donnait, d’après votre désir, des inspecteurs d’espèce différente, leur manque d’habileté n’engendrerait‑il pas quelques dangers ? etc. — Non, c’est l’affaire du gouvernement de mettre en place des sujets capables. » Ce genre d’examen finit par paraître insensé au président même du comité d’enquête. « Vous voulez, dit‑il en interrompant son compère, des gens pratiques qui visitent les mines eux-mêmes et fassent ensuite un rapport à l’inspecteur, afin que celui-ci puisse alors appliquer sa science supérieure ? » (no 531) « La ventilation de toutes ces vieilles galeries n’occasionnera-t‑elle pas beaucoup de frais ? — Les frais pourraient augmenter, mais bien des vies d’hommes seraient sauvegardées. » (no 581) Un mineur proteste contre la dix-septième section de l’acte de 1860 : « À présent, quand l’inspecteur trouve une partie quelconque de la mine dans un état tel qu’on ne peut travailler, il doit en avertir le propriétaire et le ministre de l’Intérieur ; après quoi le propriétaire a vingt jours de réflexion ; passé ce sursis de vingt jours, il peut se refuser à toute espèce de changement. Mais s’il fait cela, il doit en écrire au ministre de l’Intérieur et lui proposer cinq ingénieurs des mines parmi lesquels le ministre a à choisir les arbitres. Nous soutenons que, dans ce cas, le propriétaire nomme lui‑même son juge. » (no 586) L’examinateur bourgeois, propriétaire de machines lui-même : « Ceci est une objection purement spéculative. » (no 588) « Vous avez donc une bien faible idée de la loyauté des ingénieurs des mines ? — Je dis que cela est peu équitable et même injuste. » (no 589) « Les ingénieurs ne possèdent-ils pas une, sorte de caractère public qui élève leurs décisions au‑dessus de la partialité que vous craignez de leur part ? — Je refuse de répondre à toute question sur le caractère personnel de ces gens‑là. Je suis convaincu qu’ils agissent partialement dans beaucoup de cas, et qu’on devrait leur ôter cette puissance, là où la vie humaine est enjeu. » Le même bourgeois a l’impudence de dire : « Croyez-vous donc que les propriétaires de mines n’éprouvent aucune perte dans les explosions ? — Enfin, ne pouvez‑vous pas, vous, ouvriers, prendre en main vos propres intérêts, sans faire appel au secours du gouvernement ? — Non. » (no 1042)

Il y avait, en 1865, dans la Grande‑Bretagne, trois mille deux cent dix-sept mines de charbon et douze inspecteurs. Un propriétaire de mines du Yorkshire (Times, 26 janvier 1867), calcule lui-même qu’en laissant de côté les travaux de bureau qui absorbent tout leur temps, ces inspecteurs ne pourraient visiter chaque mine qu’une fois tous les dix ans. Rien d’étonnant que dans ces dernières années les catastrophes aient augmenté progressivement sous le rapport du nombre et de la gravité, parfois de deux à trois cents victimes !

La loi très défectueuse passée par le Parlement en 1872 règle la première le temps de travail des enfants occupés dans les mines et rend les exploiteurs et propriétaires dans une certaine mesure responsables pour les prétendus accidents.

Une Commission royale, chargée en 1867 de l’enquête sur l’emploi des enfants, des adolescents et des femmes dans l’agriculture, a publié des rapports très importants. Plusieurs tentatives faites dans le but d’appliquer aussi à l’agriculture, quoique sous une forme modifiée, les lois de fabrique, n’ont jusqu’ici abouti à aucun résultat. Tout ce que nous avons à signaler ici, c’est la tendance irrésistible qui doit en amener l’application générale.

Cette généralisation, devenue indispensable pour protéger la classe ouvrière physiquement et mora-