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CHAPITRE III
LA MONNAIE OU LA CIRCULATION DES MARCHANDISES


I
Mesure des valeurs.


Dans un but de simplification, nous supposons que l’or est la marchandise qui remplit les fonctions de monnaie.

La première fonction de l’or consiste à fournir à l’ensemble des marchandises la matière dans laquelle elles expriment leurs valeurs comme grandeurs de la même dénomination, de qualité égale et comparables sous le rapport de la quantité. Il fonctionne donc comme mesure universelle des valeurs. C’est en vertu de cette fonction que l’or, la marchandise équivalent, devient monnaie.

Ce n’est pas la monnaie qui rend les marchandises commensurables : au contraire. C’est parce que les marchandises en tant que valeurs sont du travail matérialisé, et par suite commensurables entre elles, qu’elles peuvent mesurer toutes ensemble leurs valeurs dans une marchandise spéciale, et transformer cette dernière en monnaie, c’est-à-dire en faire leur mesure commune. Mais la mesure des valeurs par la monnaie est la forme que doit nécessairement revêtir leur mesure immanente, la durée de travail[1].

L’expression de valeur d’une marchandise en or : x marchandise A = y marchandise monnaie, est sa forme monnaie ou son prix. Une équation isolée telle que : 1 tonne de fer = 2 onces d’or, suffit maintenant pour exposer la valeur du fer d’une manière socialement valide. Une équation de ce genre n’a plus besoin de figurer comme anneau dans la série des équations de toutes les autres marchandises, parce que la marchandise équivalent, l’or, possède

  1. Poser la question de savoir pourquoi la monnaie ne représente pas immédiatement le temps de travail lui-même, de telle sorte, par exemple, qu’un billet représente un travail de x heures, revient tout simplement à ceci : pourquoi, étant donné la production marchande, les produits du travail doivent-ils revêtir la forme de marchandises ? Ou à cette autre : pourquoi le travail privé ne peut-il pas être traité immédiatement comme travail social, c’est-à-dire comme son contraire ? J’ai rendu compte ailleurs avec plus de détails de l’utopie d’une « monnaie ou bon de travail » dans le milieu actuel de production (l. c., p. 61 et suiv.). Remarquons encore ici que le bon de travail d’Owen, par exemple, est aussi peu de l’argent qu’une contremarque de théâtre. Owen suppose d’abord un travail socialisé, ce qui est une forme de production diamétralement opposée à la production marchande. Chez lui le certificat de travail constate simplement la part individuelle du producteur au travail commun et son droit individuel à la fraction du produit commun destinée à la consommation. Il n’entre point dans l’esprit d’Owen de supposer d’un côte la production marchande et de vouloir de l’autre échapper à ses conditions inévitables par des bousillages d’argent.