Page:Marx - Le Capital, Lachâtre, 1872.djvu/93

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tation apparent. Bien que dans le cas donné, nous ne connaissions ni la grandeur absolue de la journée de travail, ni la période des opérations (jour, semaine, etc.), ni enfin le nombre des travailleurs que le capital variable de 90 l. st. met en mouvement simultanément, néanmoins le taux de la plus-value p/v par sa convertibilité dans l’autre formule (surtravail / travail nécessaire) nous montre exactement le rapport des deux parties constituantes de la journée de travail l’une avec l’autre. Ce rapport est 100%. L’ouvrier a donc travaillé une moitié du jour pour lui-même et l’autre moitié pour le capitaliste.

Telle est donc, en résumé, la méthode à employer pour le calcul du taux de la plus-value. Nous prenons la valeur entière du produit et nous posons égale à zéro la valeur du capital constant qui ne fait qu’y reparaître ; la somme de valeur qui reste est la seule valeur réellement engendrée pendant la production de la marchandise. Si la plus-value est donnée, il nous faut la soustraire de cette somme pour trouver le capital variable. C’est l’inverse qui a lieu si ce dernier est donné et que l’on cherche la plus-value. Tous les deux sont-ils donnés, il ne reste plus que l’opération finale, le calcul de p/v du rapport de la plus-value au capital variable.

Si simple que soit cette méthode, il convient d’y exercer le lecteur par quelques exemples qui lui en faciliteront l’application.

Entrons d’abord dans une filature. Les données suivantes appartiennent à l’année 1871 et m’ont été fournies par le fabricant lui-même. La fabrique met en mouvement 10 000 broches, file avec du coton américain des filés n°32, et produit chaque semaine une livre de filés par broche. Le déchet du coton se monte à 6%. Ce sont donc par semaine 10 600 livres de coton que le travail transforme en 10 000 livres de filés et 600 livres de déchet. En avril 1871, ce coton coûtait 7 3/4 d. (pence) par livre et conséquemment pour 10 600 livres, la somme ronde de 342 l. st. Les 10 000 broches, y compris la machine à filer et la machine à vapeur, coûtent une livre sterling la pièce, c’est-à-dire 10 000 l. st. Leur usure se monte à 10 % = 1 000 l. st., ou chaque semaine 20 l. st. La location des bâtiments est de 300 l. st. ou de 6 l. st. par semaine. Le charbon (4 livres par heure et par force de cheval, sur une force de 100 chevaux donnée par l’indicateur[1] et 60 heures par semaine, y compris le chauffage du local) atteint par semaine le chiffre de 11 tonnes et à 8 sh. 6 d. par tonne, coûte chaque semaine 4 l. st. 10 sh. ; la consommation par semaine est également pour le gaz de 1 l. st., pour l’huile de 4 l. st. 10 sh., pour toutes les matières auxiliaires de 10 l. st. — La portion de valeur constante par conséquent = 378 l. st. Puisqu’elle ne joue aucun rôle dans la formation de la valeur hebdomadaire, nous la posons égale à zéro.

Le salaire des ouvriers se monte à 52 l. st. par semaine ; le prix des filés, à 12 d. 1/4 la livre, est, pour 10 000 livres, de 510 l. st. La valeur produite chaque semaine est par conséquent = 510 l. st. - 378 l. st., ou = 132 l. st. Si maintenant nous en déduisons le capital variable (salaire des ouvriers) = 52 l. st., il reste une plus-value de 80 l. st.

Le taux de la plus-value est donc = 80/52 = 153 11/13 %. Pour une journée de travail moyenne de dix heures par conséquent, le travail nécessaire = 3 h 31/33 et le surtravail = 6 h 2/33.

Voici un autre calcul, très défectueux, il est vrai, parce qu’il y manque plusieurs données, mais suffisant pour notre but. Nous empruntons les faits à un livre de Jacob à propos des lois sur les céréales (1815). Le prix du froment est de quatre-vingts shillings par quart (8 boisseaux), et le rendement moyen de l’arpent est de 22 boisseaux, de sorte que l’arpent rapporte 11 l. st.


Production de valeur par arpent.
Semences (froment) 1 l. st. 9 sh. Dîmes, taxes 1 l. st. 1 sh
Engrais 2 l. st. 10 sh. Rente foncière 1 l. st. 8 sh
Salaires 3 l. st. 10 sh. Profit du fermier et intérêts 1 l. st. 2 sh.
Somme 7 l. st. 9 sh. Somme 3 l. st. 11 sh.

La plus-value, toujours en admettant que le prix du produit est égal à sa valeur, se trouve ici répartie entre diverses rubriques, profit, intérêt, dîmes, etc. Ces rubriques nous étant indifférentes, nous les additionnons toutes ensemble et obtenons ainsi une plus-value de 3 l. st. 11 sh. Quant aux 3 l. st. 19 sh. pour semence et engrais nous les posons égales à zéro comme partie constante du capital. Reste le capital variable avancé de 3 l. st. 10 sh., à la place duquel une valeur nouvelle de 3 l. st. 10 sh. + 3 l. st. 11 sh. a été produite. Le taux de la plus-value p/v égale : . Le laboureur emploie donc plus de la moitié de sa journée de travail à la production d’une plus-value que diverses personnes se partagent entre elles sous divers prétextes.


II
Expression de la valeur du produit en parties proportionnelles du même produit


Reprenons l’exemple qui nous a servi à montrer comment le capitaliste transforme son argent en capital. Le travail nécessaire de son fileur se montait à six heures, de même que le surtravail ; le degré d’exploitation du travail s’élevait donc à cent pour cent.

Le produit de la journée de douze heures est vingt livres de filés d’une valeur de 30 sh. Pas moins des 8/10 de cette valeur, ou 24 sh., sont formés par la valeur des moyens de production consommés, des 20

  1. Il est à remarquer qu’en Angleterre l’ancienne force de cheval était calculée d’après le diamètre du cylindre, et que la nouvelle au contraire se calcule sur la force réelle que montre l’indicateur.