Page:Marx et Engels - Le manifeste communiste, II.djvu/194

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.

compte à cet historisme en apparence tout objectif, de List. Il était vain, dans ce système, de vouloir relever la condition des ouvriers autrement que par des améliorations matérielles, dont bénéficiait la société entière, y compris la bourgeoisie. Philosophie qui rejoint ainsi la doctrine de l’« harmonie des intérêts », chère aux libre-échangistes. On voit donc que les mêmes mesures sont condamnées comme révolutionnaires ou glorifiées comme philanthropiques, selon que les classes dirigeantes y trouvent intérêt ou inconvénient. Socialisme dangereux que la suppression des tarifs protecteurs, — si les fabricants ou les agriculteurs trop faibles se sentent menacés par la concurrence étrangère. Socialisme salutaire que le free-trade au contraire, — si l’industrie a besoin de blé à bon marché ou si elle se sent assez forte pour écraser l’étranger sous sa concurrence[1]. La réflexion sardonique du Manifeste, se justifie. La prévention infatuée de la bourgeoisie qui de tout temps a affirmé la solidarité du capital et du travail, irait jusqu’à dire qu’il y a des patrons… dans l’intérêt du travailleur[2].


3) Le socialisme et le communisme critico-utopique

Il reste donc ces doctrines où le prolétariat, incomplet en son développement, mal éclairé

  1. Marx. Klassenkaempfe in Frankreich, p. 93. — Discours sur le libre-échange, p. 266.
  2. Marx. Lohnarbeit und Kapital, p. 18 sq.