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à vau-le-nordet

fortement métissé de common law, surtout interprété qu’il est, en dernière analyse, par Ottawa et Londres, est essentiel à notre existence comme race, et comment nous serions en pire posture nationale avec le droit commun non codifié dont s’est accommodé jusqu’ici le reste du Nord-Amérique.

Je conçois que, en 1763, il y eut eu de graves inconvénients d’ordre économique surtout et de sérieux ennuis à passer d’un système à un autre sans ménager la transition, comme les extrémistes parlaient de le faire, mais ce n’est certainement pas de ce point de vue qu’on envisage aujourd’hui le sujet pour en faire une question de vie ou de mort nationales. Les divergences fondamentales qui existaient alors entre ces deux droits ont, en grande partie, disparu sous l’action des divers régimes politiques qui se sont succédé depuis la Cession. Au surplus, tout code de lois est éclectique ou prétend l’être.

J’ai confié ma perplexité à mon professeur. Il m’a paru tout éberlué comme si j’avais proféré une énormité. En guise de renseignement, il s’est contenté de me toiser des pieds à la tête et, impitoyablement sarcastique, m’a demandé si j’étais Canadien-français. Tu comprends si cela a fait scandale au cours de droit ; mes camarades m’ont battu froid comme un esprit subversif, un individu suspect d’hérésie. Timide comme je suis, je n’ai pas insisté.