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MES SOUVENIRS
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respondaient à chacune des touches blanches et noires, avec leur position sur les cinq lignes. C’était fort ingénieux, il n’y avait pas moyen de se tromper.

Mes progrès au piano furent assez sensibles pour que, trois ans plus tard en octobre 1851, mes parents crussent devoir me faire inscrire au Conservatoire pour y subir l’examen d’admission aux classes de piano.

Un matin de ce même mois, nous nous rendîmes donc rue du Faubourg-Poissonnière. C’était là que se trouvait — il y resta si longtemps avant d’émigrer rue de Madrid — le Conservatoire national de musique. La grande salle où nous entrâmes, comme en général toutes celles de l’établissement d’alors, avait ses murs peints en ton gris bleu, grossièrement pointillés de noir. De vieilles banquettes formaient le seul ameublement de cette antichambre.

Un employé supérieur, M. Ferrière, à l’aspect rude et sévère, vint faire l’appel des postulants, jetant leurs noms au milieu de la foule des parents et amis émus qui les accompagnaient. C’était un peu l’appel des condamnés. Il donnait à chacun le numéro d’ordre avec lequel il devait se présenter devant le jury. Celui-ci était déjà réuni dans la salle des séances.

Cette salle, destinée aux examens, représentait une sorte de petit théâtre, avec un rang de loges et une galerie circulaire. Elle était conçue en style du Consulat. Je n’y ai jamais pénétré, je l’avoue, sans me sentir pris d’une certaine émotion. Je croyais toujours voir assis, dans une loge de face, au premier étage, comme en un trou noir, le Premier Consul Bonaparte et la douce compagne de ses jeunes années.