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MASSENET PAR SES ÉLÈVES

possible de résister pour peu qu’on eût une parcelle de cœur et d’intelligence.

On reproche toujours à ses élèves de faire « du Massenet ». Avec ça que les autres n’en font pas ! Est-ce notre faute si Massenet a trouvé et fixé, pour longtemps encore, la forme mélodique française du charme amoureux ? Si ceux-là mêmes qui l’ont le moins connu et le plus dénigré n’ont pu s’empêcher de subir son influence, comment ne l’aurions-nous pas doublement éprouvée, nous qui vivions près de lui et respirions avec enchantement sa personnalité fascinante ?

Mais jamais, jamais Massenet n’a imposé ses idées, ses préférences, ni surtout sa manière à aucun de ses élèves ; bien au contraire, il s’identifiait à chacun d’eux, et l’un des traits les plus remarquables de son enseignement consistait dans l’assimilation dont il faisait preuve quand il corrigeait leurs travaux ; qu’il s’agît d’un détail à rectifier, ou d’une modification profonde dans le plan, le factum, la couleur ou le sentiment de l’ouvrage qu’il avait sous les yeux, ce qu’il indiquait, ce qu’il conseillait, ne semblait pas émaner de lui. Massenet : il le tirait pour ainsi dire de l’élève lui-même, de son tempérament, de ses qualités, de son style propres, et refaisait le travail tel que l’eût refait spontanément cet élève, s’il eût eu l’expérience nécessaire…

Je ne lui ai jamais entendu dire à un élève une chose désobligeante ; ses critiques étaient toujours faites sur un ton de cordialité.

— Voyez-vous, je regrette un peu ce passage… Vous n’avez pas absolument rendu ce que vous vouliez. Oh !