Page:Massicotte - Dollard des Ormeaux et ses compagnons, 1920.djvu/72

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c’est que de paix avec ces barbares qui n’ont jamais traîté d’accomodement, qu’on ne soit aperçu de leurs fourbes bientôt après ; c’est pourquoi, lorsque tout paraissait fort paisible d’un côté du fort, de l’autre nos gens, se trouvant attaqués par trahison, ne furent pas surpris ; ils firent de si bonnes décharges sur les assaillants, qu’ils les contraignirent de se retirer pour la seconde fois, bien étonnés qu’une petite poignée de Français pût faire tête à deux cents Iroquois.

Ils eussent sans doute eu la confusion toute entière, et eussent été défaits entièrement, comme ils ont avoué, si les Français sortis du fort l’épée à la main ou si les Agniehronnons ne fussent pas arrivés peu de temps après au nombre de cinq cents, avec des cris si horribles et si puissants, que toute la terre circonvoisine semblait être pleine d’Iroquois.

Le fort est environné de tous les côtés, on fait feu partout jour et nuit ; les attaques se font rudes et fréquentes, pendant lesquelles nos Français firent toujours admirer leur résolution, leur vigilance, et surtout leur piété, qui leur faisait employer à la prière le peu de temps qu’ils avaient entre chaque attaque ; de sorte que sitôt qu’ils avaient repoussé l’Iroquois, ils se mettaient à genoux, et ne s’en relevaient, point que pour les repousser encore, et ainsi pendant dix jours que dura ce siège, ils n’avaient que deux fonctions, prier et combattre, faisant succéder l’une à l’autre, avec l’étonnement de nos Sauvages, qui s’animaient à mourir généreusement par de si beaux exemples.

Comme l’ardeur du combat était grande, et les attaques presque continuelles, la soif pressait plus nos gens que l’Iroquois. Il fallait essuyer une grêle de plomb, et aller à la pointe de l’épée puiser de l’eau à la rivière, qui était à deux cents pas du Fort, dans lequel on trouva enfin, à force de fouir, un petit filet d’eau bourbeuse, mais si peu, que le sang découlait des veines des morts et des blessés, bien plus abondamment que l’eau de cette source de boue.

Cette nécessité mit le Fort en telle extrémité, que la partie ne paraissant plus tenable aux sauvages qui y étaient,