Page:Massicotte - Dollard des Ormeaux et ses compagnons, 1920.djvu/78

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temps-là ils brisèrent les canots des nôtres, et en firent des flambeaux pour brûler les palissades, mais les décharges étaient si fréquentes qu’il ne leur fut jamais possible d’en approcher. Ils donnèrent encore une seconde attaque plus opiniâtre que la première ; mais les nôtres la soutinrent si courageusement, qu’ils prirent la fuite pour la seconde fois. Vingt d’entre eux se retirèrent si loin, qu’on ne les revit plus depuis. Quelques Ounontageronons dirent depuis à Joseph qu’ils tenaient captif, que si les nôtres les eussent suivis les battant en queue, ils les eussent tous perdus. Hors le temps des deux attaques, les coups que tirait l’ennemi sur la palissade n’étaient que pour empêcher les assiégés de fuir, et pour les arrêter en attendant, le secours des Onnieronons qu’ils avaient envoyé quérir aux îles de Richelieu.

Que d’incommodités souffraient cependant nos Français ! le froid, la puanteur, l’insomnie, la faim et la soif les fatiguaient plus que l’ennemi. La disette d’eau était si grande, qu’ils ne pouvaient plus avaler la farine épaisse dont les gens de guerre ont coutume de se nourrir en ces extrémités. Ils trouvèrent un peu d’eau dans un trou de la palissade, mais étant partagée à peine en eurent-ils pour se rafraîchir la bouche. La jeunesse faisait de temps en temps quelques sorties par-dessus les pieux, car il n’y avait point de portes, pour aller quérir de l’eau à la faveur de quantité de fusiliers qui repoussaient l’ennemi ; mais comme ils avaient perdu leurs grands vaisseaux, ils n’en portaient que de petits qui ne pouvaient fournir à la nécessité de soixante personnes, tant pour le boire que pour la sagamité. Outre cette disette d’eau, le plomb commença à manquer ; car les Hurons et les Algonquins voulant répondre à chaque décharge des ennemis, tant de jour que de nuit, eurent bientôt consumé leurs munitions. Les Français leur en donnèrent autant qu’ils purent mais enfin ils furent épuisés comme les autres. Que feront-ils donc à l’arrivée de cinq cents Agnieronnons et Onnieronons qu’on est allé quérir ? Ils sont résolus de combattre en