Page:Massicotte - Dollard des Ormeaux et ses compagnons, 1920.djvu/8

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poste de combat, ces braves enfermés dans un misérable fort de pieux luttèrent sans repos et sans trêve pendant plusieurs jours contre un ennemi quarante fois supérieur en nombre, ne se laissant abattre ni par la lâche défection de la plupart de leurs alliés d’occasion ni par leurs propres souffrances ; qu’ils moururent enfin jusqu’au dernier, l’épée ou le mousquet à la main, après avoir vendu si chèrement leur vie que leurs vainqueurs effrayés du nombre de leurs morts s’en retournèrent dans leurs pays pour ne plus reparaître. Voilà ce que nous savons, et c’est assez pour couvrir cette poignée de héros d’une gloire immortelle.

Personne toutefois n’a été sans remarquer avec quelle extrême simplicité les annalistes jésuites racontent cette héroïque aventure. Tandis que nous nous sentons transportés d’admiration devant un aussi admirable fait d’armes, ils en parlent presque froidement. Point d’épithètes laudatives et nulle trace de lyrisme.

Il ne leur parait pas nécessaire d’enterrer ces dix-sept morts dans le linceul des phrases, car ils se rendent bien compte que les simples faits, dans leur éloquente sécheresse, leur sont un témoignage assez glorieux. Chacun de leur côté ils n’ont entendu dresser que le procès verbal d’un grand devoir accompli et d’un éminent service rendu.

C’est que l’héroïsme, si rare aujourd’hui, était pour ainsi dire la monnaie courante en ces temps primitifs de notre colonie.

Aux 370 et quelques habitants qui composaient alors le bourg de Ville-Marie, le sacrifice de Dollard et de ses compagnons devait presque paraître une action ordinaire. Les femmes elles-mêmes étaient habituées à voir la mort de près et souvent on les vit faire le coup de feu contre l'Iroquois en s’exposant au plus imminent danger.

Quant aux hommes, ils s’appelaient Maisonneuve, Charles Le Moyne, Lambert Closse et Zacharie Dupuis, et il n’y en avait peut-être pas un qui n’eût à maintes reprises risqué sa vie pour le salut de la bourgade.

Rappelons-nous le beau témoignage rendu par la sœur Marin dans ses Annales à la bravoure déjà légendaire des contemporains de Dollard des Ormeaux : "Ce qui soit dit à la louange des premiers habitants de Montréal qui méritèrent par leur valeur de passer tous unanimement pour bons soldats par les coups généreux qu’ils firent contre les ennemis qui, de leur part, leur en voulaient aussi plus qu’aux autres terres habitées du Canada à cause, disent-ils, que celles-ci leur appartiennent et que leurs ancêtres y ont toujours demeuré comme en leur habitation de choix et d’élection."

Que tous les colons de la Nouvelle-France aient cependant compris à sa juste valeur le sacrifice de Dollard et de ses compagnons, cela ne fait aucun doute. Tous ceux qui en ont parlé à l’époque sont d’accord pour