Page:Maupassant, Des vers, 1908.djvu/163

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Et semblaient aspirer avec des souffles forts
La troublante senteur qui venait de son corps,
Le grand parfum d’amour de cette fleur humaine !

Puis, voilà qu’au déclin d’un long jour de moisson,
Quand l’Astre rouge allait plonger à l’horizon,
On vit soudain, dressés au sommet de la plaine
Comme deux géants noirs, deux moissonneurs rivaux,
Debout dans le soleil, se battre à coups de faux !

Et l’ombre ensevelit la campagne apaisée.
L’herbe rase sua des gouttes de rosée ;
Le couchant s’éteignit, tandis qu’à l’orient
Une étoile mettait au ciel un point brillant.
Les derniers bruits, lointains et confus, se calmèrent :
Le jappement d’un chien, le grelot des troupeaux ;
La terre s’endormit sous un pesant repos,
Et dans le ciel tout noir les astres s’allumèrent.

Elle prit un chemin s’enfonçant dans un bois,
Et se mit à danser en courant, affolée
Par la puissante odeur des feuilles, et parfois
Regardant, à travers les arbres de l’allée,
Le clair miroitement du ciel poudré de feu.
Sur sa tête planait comme un silence bleu,
Quelque chose de doux, ainsi qu’une caresse
De la nuit, la subtile et si molle langueur
De l’ombre tiède qui fait défaillir le cœur,
Et qui vous met à l’âme une vague détresse
D’être seul. – Mais des pas voilés, des bonds craintifs,
Ces bruits légers et sourds que font les marches douces
Des bêtes de la nuit sur le tapis des mousses,