Page:Maupassant - Épaves, paru dans Le Gaulois, 9 décembre 1881.djvu/5

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le passage duquel les autres baigneurs se retournent pour le contempler de dos. Il a l’air très important ; ses cheveux longs, coiffés artistement d’un béret de matelot, encrassent un peu le col de sa vareuse ; il se dandine en marchant vite, les yeux vagues, comme s’il se livrait à un travail mental important, et on dirait qu’il se sent chez lui, qu’il se sait sympathique. Il pose, enfin.

Votre compagnon vous serre le bras :

— C’est Rivoil.

Vous demandez naïvement :

— Qui ça, Rivoil ?

Brusquement votre ami s’arrête et, vous fixant dans les yeux, indigne :

— Ah ! ça, mon cher, d’où sortez-vous ? Vous ne connaissez pas Rivoil, le violoniste ! Ça, c’est fort par exemple ! Mais c’est un artiste de premier ordre, un maître, il n’est pas permis de l’ignorer.

On se tait, légèrement humilié.

Cinq minutes après, c’est un petit être laid comme un singe, obèse, sale, avec des lunettes et un air stupide ; celui-là c’est Prosper Glosse, le philosophe que