Page:Maupassant - Œuvres posthumes, I, OC, Conard, 1910.djvu/201

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L’ATTENTE.

derniers jours, moi, sa mère, qui l’aimais de toute la violence de l’amour maternel. Que c’est cruel, dites ?

Vous lui direz tout cela, monsieur. Vous lui répéterez mes dernières paroles :

« Mon enfant, mon cher, cher enfant, sois moins dur pour les pauvres créatures. La vie est déjà assez brutale et féroce ! Mon cher enfant, songe à ce qu’a été l’existence de ta mère, de ta pauvre mère, à partir du jour où tu l’as quittée. Mon cher enfant, pardonne-lui, et aime-la, maintenant qu’elle est morte, car elle a subi la plus affreuse des pénitences. »

Elle haletait, frémissante, comme si elle eût parlé à son fils, debout devant elle. Puis elle ajouta :

— Vous lui direz encore, monsieur, que je n’ai jamais revu… l’autre.

Elle se tut encore, puis reprit d’une voix brisée :

— Laissez-moi maintenant, je vous prie. Je voudrais mourir seule, puisqu’ils ne sont point auprès de moi. »

Maître Le Brument ajouta :

— Et je suis sorti, messieurs, en pleurant comme une bête, si fort que mon cocher se retournait pour me regarder.

Et dire que, tous les jours, il se passe autour de nous un tas de drames comme celui-là !

Je n’ai pas retrouvé le fils… ce fils… Pensez-en ce que vous voudrez ; moi, je dis : ce fils… criminel.


L’Attente a paru dans le Gaulois du dimanche 11 novembre 1883.