Page:Maupassant - Œuvres posthumes, I, OC, Conard, 1910.djvu/205

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PREMIÈRE NEIGE.

On les accoupla pour des raisons de fortune qu’elle ne connut point. Elle aurait volontiers dit « non ». Elle dit « oui » d’un mouvement de tête, pour ne point contrarier père et mère. Elle était Parisienne, gaie, heureuse de vivre.

Son mari l’emmena en son château normand. C’était un vaste bâtiment de pierre entouré de grands arbres très vieux. Un haut massif de sapins arrêtait le regard en face. Sur la droite, une trouée donnait vue sur la plaine qui s’étalait, toute nue, jusqu’aux fermes lointaines. Un chemin de traverse passait devant la barrière et conduisait à la grand’route éloignée de trois kilomètres.

Oh ! elle se rappelle tout : son arrivée, sa première journée en sa nouvelle demeure, et sa vie isolée ensuite.

Quand elle descendit de voiture, elle regarda le vieux bâtiment et déclara en riant :

— Ça n’est pas gai !

Son mari se mit à rire à son tour et répondit :

— Baste ! on s’y fait. Tu verras. Je ne m’y ennuie jamais, moi.

Ce jour-là, ils passèrent le temps à s’embrasser, et elle ne le trouva pas trop long. Le lendemain ils recommencèrent et toute la semaine, vraiment, fut mangée par les caresses.

Puis elle s’occupa d’organiser son intérieur. Cela dura bien un mois. Les jours passaient l’un après l’autre, en des occupations insignifiantes et cependant absorbantes. Elle apprenait la valeur et l’importance des petites choses de la vie. Elle sut qu’on peut s’intéresser au prix des œufs qui coûtent quelques centimes de plus ou de moins suivant les saisons.

C’était l’été. Elle allait aux champs voir moissonner. La gaieté du soleil entretenait celle de son cœur.