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ŒUVRES POSTHUMES.

de corvées, de dures corvées. Aujourd’hui, rien encore, je me suis installé, j’ai fait connaissance avec les lieux et avec le médecin. Châtel-Guyon se compose d’un ruisseau où coule de l’eau Jaune, entre plusieurs mamelons, où sont plantés un casino, des maisons et des croix de pierre.

Au bord du ruisseau, au fond d’un vallon, on voit un bâtiment carré entouré d’un petit Jardin ; c’est l’établissement de bains. Des gens tristes errent autour de cette bâtisse : les malades. Un grand silence règne dans les allées ombragées d’arbres, car ce n’est pas ici une station de plaisir, mais une vraie station de santé ; on s’y soigne avec conviction ; et on y guérit, paraît-il.

Des gens compétents affirment même que les sources minérales y font de vrais miracles. Cependant aucun ex-voto n’est suspendu autour du bureau du caissier.

De temps en temps, un monsieur ou une dame s’approche d’un kiosque, coiffé d’ardoises, qui abrite une femme de mine souriante et douce, et une source qui bouillonne dans une vasque de ciment. Pas un mot n’est échangé entre le malade et la gardienne de l’eau guérisseuse. Celle-ci tend à l’arrivant un petit verre où tremblotent des bulles d’air dans le liquide transparent. L’autre boit et s’éloigne d’un pas grave, pour reprendre sous les arbres sa promenade interrompue.

Aucun bruit dans ce petit parc, aucun souffle d’air dans les feuilles, aucune voix ne passe dans ce silence. On devrait écrire à l’entrée de ce pays : « Ici on ne rit plus, on se soigne. »

Les gens qui causent ressemblent à des muets qui ouvriraient la bouche pour simuler des sons, tant ils ont peur de laisser s’échapper leur voix.