Page:Maupassant - Ivan Tourgueneff, paru dans Gil Blas, 6 septembre 1883.djvu/13

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premier rang Shakespeare, Gœthe et Pouchkine. Son esprit net s’accommodait mal de l’abondance sonore de Victor Hugo qui personnifie la poésie française. Peut-être aussi le tempérament philosophique de Tourgueneff s’étonnait-il du tempérament purement rêveur de Victor Hugo.

Les conceptions mystiques, étrangement déistes, les théories religioso-fantaisistes du grand poète français, son absence totale de génie scientifique, et les élans sublimes mais illogiques de son prodigieux génie poétique éveillaient des hésitations, des réserves dans l’esprit clair de ce romancier philosophe qui avait découvert une révolution naissante et qui s’attachait surtout à l’idée, qui pénétrait les hommes si facilement, qui aimait la science positive, et qui fut, dès son enfance, rebelle à tout dogme, à toute religion, à tout Dieu, qui resta l’athée le plus tranquille, le plus doux, mais le plus déterminé du monde, tellement indifférent à toute croyance qu’il s’étonnait même qu’on perdit son temps à parler de ces choses.

MAUFRIGNEUSE.