Page:Maupassant - La Maison Tellier.djvu/119

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près de lui, et, à genoux à son côté, le secoua jusqu’à ce qu’il se dressât.

Quand il se fut assis, demandant : — « Qu’est-ce que tu veux ? » elle prononça, les dents serrées, tremblant de fureur : — « Je veux, je veux que tu m’épouses, puisque tu m’as promis le mariage. » Il se mit à rire et répondit : — « Ah bien ! si on épousait toutes les filles avec qui on a fauté, ça ne serait pas à faire. »

Mais elle le saisit à la gorge, le renversa sans qu’il pût se débarrasser de son étreinte farouche, et, l’étranglant, elle lui cria tout près, dans la figure : — « Je suis grosse, entends-tu, je suis grosse. »

Il haletait, suffoquant ; et ils restaient là tous deux, immobiles, muets dans le silence noir troublé seulement par le bruit de mâchoire d’un cheval qui tirait sur la paille du râtelier, puis la broyait avec lenteur.

Quand Jacques comprit qu’elle était la plus forte, il balbutia :

— Eh bien, je t’épouserai, puisque c’est ça.

Mais elle ne croyait plus à ses promesses.